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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223810

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223810

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, Mme B C, représentée par Me Le Goater, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnait l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait l'article 7 paragraphe 2 de la directive 2008/115/CE ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Le Goater représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne, a sollicité son admission au séjour à raison de son état de santé, sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 février 2021, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par un arrêt n° 21PA04595 du 16 février 2022, la Cour administrative d'appel a rejeté la requête du préfet de police faisant appel du jugement du 12 juillet 2021 par lequel le tribunal administratif de Paris a annulé son arrêté du 22 février 2021. Le 30 juin 2022, Mme C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un nouvel arrêté du 19 octobre 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. Pour refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour à raison de son état de santé, le préfet de police s'est approprié l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 7 octobre 2022, qui a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'un certificat médical établi par un diabétologue de l'hôpital Pitié-Salpêtrière du 6 septembre 2019, dont la teneur est confirmée par le même médecin dans des certificats ultérieurs, et de certificats médicaux de docteur en ophtalmologie et médecin traitant antérieurs à l'arrêté contesté et un certificat du même diabétologue du 7 novembre 2022 postérieur qui confirme ces éléments, que Mme C souffre d'un diabète de type 1 nécessitant une pompe à insuline sous-cutanée ultra-rapide et un capteur de glucose interstitiel, un suivi spécialisé étant nécessaire en raison de complications ophtalmologiques sévères liées à une rétinopathie diabétique proliférante, qui a nécessité des injections intra-vitréennes répétées et des traitements par laser, pouvant conduire à la cécité. Ce traitement est, selon les différents certificats médicaux produits, le seul qui permet de stabiliser l'état de santé de Mme C, le traitement reposant sur des injections d'insuline qui lui avait été prodigué en Tunisie ne permettant pas de stabiliser son diabète et entraînant des complications ophtalmiques graves, des troubles de la dentition et des séquelles abdominales. Si le préfet de police soutient que la Tunisie dispose de structures médicales en ophtalmologie et endocrinologie, Mme C fait valoir que son traitement par la voie d'une pompe d'insulinothérapie permettant d'assurer un équilibre glycémique, associée à des capteurs et à des injections intra-vitréennes, n'est pas disponible dans son pays d'origine, ce que confirment des certificats médicaux de médecins tunisiens et un document du fabricant de cette pompe qui mentionne l'absence de commercialisation en Tunisie accompagné d'un courriel du fabricant du 23 septembre 2021 qui corrobore ce document. Dans ces conditions, Mme C apporte des éléments suffisants permettant d'infirmer l'avis du collège de médecins de l'OFII quant à la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Tunisie. Par suite, ainsi que l'a jugé le tribunal, qui a par ailleurs également jugé à bon droit que la demande introductive d'instance était motivée, le préfet de police a méconnu les dispositions du 11° de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur en refusant de délivrer à Mme C un titre de séjour.

4. Il résulte de ce qu'il précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'intervalle, dans le délai de 15 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 19 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'intervalle sous 15 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'État versera à Mme C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Edert, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 février 2023.

Le rapporteur,

J-B. A

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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