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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223852

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223852

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantAGAHI-ALAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 novembre 2022 et le 1er janvier 2023, M. A B, représenté par Me Agahi-Alaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision défavorable ;

- le préfet de police n'a pas procédé à un examen particulier de sa demande ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle emporte des conséquences excessives sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît, en outre, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Belkacem a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant gambien, né le 16 mai 1987, entré en France en 2013, s'y maintient depuis lors selon ses déclarations. Il s'est présenté aux services de la préfecture le 8 août 2022, dans le cadre de l'exécution d'un jugement n° 2103317 du 22 octobre 2021 par lequel le tribunal de céans a annulé la décision du préfet de police rejetant implicitement la demande de M. B pour défaut de motivation, tout en enjoignant au préfet de police de procéder au réexamen de sa demande. Par un arrêté du 8 septembre 2022, le préfet de police a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'une part, le requérant établit la réalité de ses allégations s'agissant de sa présence habituelle en France depuis l'année 2013, par les pièces qu'il produit dans le cadre de la présente instance, parmi lesquelles des relevés de compte, des documents relatifs à la demande d'asile qu'il a déposée au cours de l'année 2013, des documents de l'administration fiscale, des lettres relatives à un titre de transport, les décomptes de la caisse primaire d'assurance maladie, des documents d'ordre médical. D'autre part, le requérant démontre également la présence en France de son épouse, qui a pu le rejoindre à compter du mois de septembre 2021 et dont la demande de protection était alors pendante devant la cour nationale du droit d'asile. Enfin, ils ont eu un enfant, né en France le 8 juin 2022, soit antérieurement à la décision attaquée. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de police ne pouvait légalement rejeter la demande d'admission au séjour présentée par M. B sans porter une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

3. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, ce qui prive de base légale les décisions subséquentes, qui doivent être annulées par voie de conséquence, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, le présent jugement implique, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, que le préfet de police délivre un titre de séjour à M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à la délivrance d'un titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Agahi-Alaoui, avocat de M. B, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 100 euros à verser à Me Agahi-Alaoui.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 8 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 100 euros à Me Agahi-Alaoui, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Agahi-Alaoui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Duchon-Doris, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

N. BELKACEMLe président,

J-C. DUCHON-DORIS

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2223852/2-3

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