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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224283

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224283

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 24 novembre 2022 et le 9 décembre 2022, M. A E, représenté par Me Louis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, dans un délai et sous astreinte, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 21 octobre 1995 et entré en France le

6 septembre 2018 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un certificat de résident en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 28 octobre 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B C, attachée d'administration de l'Etat et cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte de manière suffisante les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. En particulier, il mentionne les stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et expose les éléments retenus par le préfet pour rejeter la demande de titre de séjour de M. E, tout en visant le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est assorti d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 du même accord : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".

6. Pour refuser de délivrer à M. E un certificat de résidence en qualité de conjoint de Français sur le fondement de ces stipulations, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français, ni d'une communauté de vie avec son épouse. Le requérant, qui n'établit pas ni même allègue qu'il est entré régulièrement en France, ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il mène une vie commune avec son épouse. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a violé les stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. E se prévaut de ce qu'il vit en France depuis plus de quatre ans, qu'il y a épousé une ressortissante française le 10 mai 2022 avec qui il mène une vie commune et qu'il exerce une activité professionnelle en qualité d'employé polyvalent. Toutefois, il n'apporte aucun élément relatif à son épouse et à leur relation et s'il produit un contrat à durée indéterminée conclu le 19 août 2020, il n'occupait ainsi son emploi que depuis une période relativement récente à la date de l'arrêté, à supposer même qu'il l'ait fait de manière continue. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en prenant à son encontre l'arrêté attaque, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;

- M. Martin-Genier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le président-rapporteur,

H. D

L'assesseure la plus ancienne,

N. Marik-DescoingsLa greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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