lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2224346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP FOUSSARD - FROGER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2224346 le 24 novembre 2022, la société Getir France, représentée par la SCP Lacourte, Raquin, Tatar, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 septembre 2022 par laquelle la maire de Paris l'a mise en demeure de restituer les locaux qu'elle occupe au 26, rue de Vercingétorix dans le 14ème arrondissement de Paris dans un délai de trois mois à compter de la notification de sa décision, sous peine d'une astreinte administrative de 200 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 481-1 du code de justice administrative ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que la décision n'est pas isolée mais concerne également trois autres sites d'activités dans Paris sur les neuf dont elle dispose, qu'elle préjudiciera de manière grave et immédiate à sa situation et l'obligera à supprimer vingt-cinq emplois, l'activité des seuls magasins parisiens représentant 23 % des emplois de la société et 28 % de son chiffre d'affaires pour la période du 1er janvier au 30 septembre 2022 ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que ni la procédure de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme ni la procédure de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'ont été respectées ; en effet, la société Getir France n'a pas été invitée à présenter ses observations sur la décision de mise en demeure du 17 juin 2022 ;
- elle est illégale en ce qu'elle repose sur un procès-verbal qui ne constate pas une infraction ;
- elle méconnaît le champ d'application de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, dès lors que, d'une part, le changement de destination d'une construction existante ne peut permettre de caractériser l'existence de travaux au sens de cet article et que, d'autre part, il ne donne pas au maire le pouvoir de prononcer des mesures de remise en état à l'encontre des administrés se matérialisant par la démolition d'ouvrages ou les obligeant à cesser leur activité économique ;
- elle méconnaît le champ d'application de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme, qui n'était pas applicable en l'espèce ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la destination du local en cause, qui relève de la sous-destination " artisanat et commerce de détail " telle que définie par l'article 3 de l'arrêté du 10 novembre 2016 ;
- la situation des locaux et les travaux constitutifs de l'infraction sont régularisables, dès lors que le changement de destination n'a pas eu pour objet de conférer au local la destination " d'entrepôt " telle que définie par le plan local d'urbanisme (PLU) de la Ville de Paris, alors que l'utilisation du local lui confère la destination " CINASPIC ".
Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022 à 22h19, la Ville de Paris, représentée par la SCP Foussard-Froger, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Getir France une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2224348 le 24 novembre 2022, la société Getir France, représentée par la SCP Lacourte, Raquin, Tatar, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 juin 2022 par laquelle la maire de Paris l'a mise en demeure de restituer les locaux qu'elle occupe au 37, rue de l'amiral Mouchez dans le 13ème arrondissement de Paris dans un délai de trois mois à compter de la notification de sa décision, sous peine d'une astreinte administrative de 200 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 481-1 du code de justice administrative, et de la décision du 6 septembre 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que la décision n'est pas isolée mais concerne également trois autres sites d'activités dans Paris sur les neuf dont elle dispose, qu'elle préjudiciera de manière grave et immédiate à sa situation et l'obligera à supprimer vingt-cinq emplois, l'activité des seuls magasins parisiens représentant 23 % des emplois de la société et 28 % de son chiffre d'affaires pour la période du 1er janvier au 30 septembre 2022 ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que ni la procédure de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme ni la procédure de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'ont été respectées ; en effet, la société Getir France n'a pas été invitée à présenter ses observations sur la décision de mise en demeure du 17 juin 2022 ;
- elle est illégale en ce qu'elle repose sur un procès-verbal qui ne constate pas une infraction ;
- elle méconnaît le champ d'application de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, dès lors que, d'une part, le changement de destination d'une construction existante ne peut permettre de caractériser l'existence de travaux au sens de cet article et que, d'autre part, il ne donne pas au maire le pouvoir de prononcer des mesures de remise en état à l'encontre des administrés se matérialisant par la démolition d'ouvrages ou les obligeant à cesser leur activité économique ;
- elle méconnaît le champ d'application de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme, qui n'était pas applicable en l'espèce ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la destination du local en cause, qui relève de la sous-destination " artisanat et commerce de détail " telle que définie par l'article 3 de l'arrêté du 10 novembre 2016 ;
- la situation des locaux et les travaux constitutifs de l'infraction sont régularisables, dès lors que le changement de destination n'a pas eu pour objet de conférer au local la destination " d'entrepôt " telle que définie par le plan local d'urbanisme (PLU) de la Ville de Paris, alors que l'utilisation du local lui confère la destination " CINASPIC ".
Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022 à 22h18, la Ville de Paris, représentée par la SCP Foussard-Froger, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Frichti une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
III. Par une requête enregistrée sous le n° 2224352 le 24 novembre 2022, la société Getir France, représentée par la SCP Lacourte, Raquin, Tatar, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 7 juillet 2022 par laquelle la maire de Paris l'a mise en demeure de restituer les locaux qu'elle occupe au 34, rue Popincourt dans le 11ème arrondissement de Paris dans un délai de trois mois à compter de la notification de sa décision, sous peine d'une astreinte administrative de 200 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 481-1 du code de justice administrative, et de la décision implicite née le 9 novembre 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que la décision n'est pas isolée mais concerne également trois autres sites d'activités dans Paris sur les neuf dont elle dispose, qu'elle préjudiciera de manière grave et immédiate à sa situation et l'obligera à supprimer vingt-sept emplois, l'activité des seuls magasins parisiens représentant 23 % des emplois de la société et 28 % de son chiffre d'affaires pour la période du 1er janvier au 30 septembre 2022 ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que ni la procédure de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme ni la procédure de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'ont été respectées ; en effet, la société Getir France n'a pas été invitée à présenter ses observations sur la décision de mise en demeure du 7 juillet 2022 ;
- elle est illégale en ce qu'elle repose sur un procès-verbal qui ne constate pas une infraction ;
- elle méconnaît le champ d'application de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, dès lors que, d'une part, le changement de destination d'une construction existante ne peut permettre de caractériser l'existence de travaux au sens de cet article et que, d'autre part, il ne donne pas au maire le pouvoir de prononcer des mesures de remise en état à l'encontre des administrés se matérialisant par la démolition d'ouvrages ou les obligeant à cesser leur activité économique ;
- elle méconnaît le champ d'application de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme, qui n'était pas applicable en l'espèce ;
- la situation des locaux et les travaux constitutifs de l'infraction sont régularisables, dès lors que le changement de destination n'a pas eu pour objet de conférer au local la destination " d'entrepôt " telle que définie par le plan local d'urbanisme (PLU) de la Ville de Paris, alors que l'utilisation du local lui confère la destination " CINASPIC " ;
- la maire de Paris ne pouvait légalement estimer que les lieux devaient être restitués dans leur état d'origine, alors que leur utilisation pouvait être modifiée pour la rendre conforme à la destination " commerce " en permettant l'accueil du public pour le retrait des commandes.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022 à 22h16, la Ville de Paris, représentée par la SCP Foussard-Froger, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Frichti une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- la requête n° 2223619 enregistrée le 14 novembre 2022 par laquelle la société Getir France demande l'annulation de la décision du 13 septembre 2022 dont la suspension est demandée ;
- la requête n° 2223618 enregistrée le 14 novembre 2022 par laquelle la société Getir France demande l'annulation de la décision du 17 juin 2022 dont la suspension est demandée ;
- la requête n° 2223620 enregistrée le 14 novembre 2022 par laquelle la société Getir France demande l'annulation de la décision du 7 juillet 2022 dont la suspension est demandée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Simonnot, président de chambre, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 décembre 2022 en présence de Mme Rahmouni, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me De Lesquen, Me Guillet et Me Repeta, avocat de la société Getir France,
- les observations de Me Froger, avocat de la Ville de Paris.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La société Getir France, qui exerce une activité de vente de plats cuisinés, de produits frais et d'épicerie par à un système de commande en ligne et de livraison rapide, occupe neuf locaux situés à Paris ou à proximité. Par trois décisions du 13 septembre 2022, du 17 juin 2022 et du 7 juillet 2022, la maire de la ville de Paris l'a mise en demeure de restituer les locaux qu'elle occupe au 26, rue de Vercingétorix dans le 14ème arrondissement de Paris, au 37, rue de l'amiral Mouchez dans le 13ème arrondissement de Paris et au 34, rue Popincourt dans le 11ème arrondissement de Paris dans un délai de trois mois à compter de la notification de sa décision, sous peine d'une astreinte administrative de 200 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 481-1 du code de justice administrative. La société Getir France demande la suspension de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2224346, n° 2224348 et n° 2224352 portent sur les mêmes situations, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " I.- Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. () " Aux termes de l'article L. 421-4 de ce code : " Un décret en Conseil d'Etat arrête la liste des constructions, aménagements, installations et travaux qui, en raison de leurs dimensions, de leur nature ou de leur localisation, ne justifient pas l'exigence d'un permis et font l'objet d'une déclaration préalable. () " Aux termes de l'article R.* 421-17 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R*421-14 à *R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : () b) Les changements de destination d'un bâtiment existant entre les différentes destinations définies à l'article R. 151-27 ; pour l'application du présent alinéa, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal et le contrôle des changements de destination ne porte pas sur les changements entre sous-destinations d'une même destination prévues à l'article R. 151-28 ; () ".
5. Il ressort des termes des décisions attaquées que la maire de la Ville de Paris, pour mettre en demeure la société Getir France de " restituer " les locaux en cause dans leur état d'origine dans un délai de trois mois, a entendu se fonder sur les dispositions précitées de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme. Toutefois, hormis la décision du 7 juillet 2022 concernant le local situé au 34, rue Popincourt, qui mentionne un changement de devanture, les décisions de mise en demeure se bornent à faire état de " travaux de changement de destination ", sans préciser ni la nature ni la consistance de ces travaux, et d'une " transformation en entrepôt de locaux existants ", alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que des travaux au sens des dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-5 du code de l'urbanisme aient été entrepris ou exécutés par la société Getir France dans ces locaux. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance du champ d'application de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, en ce que les décisions attaquées sont fondées sur l'exécution de travaux, constitue un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de toutes les décisions attaquées.
6. En second lieu, aux termes des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris : " VIII - Définitions () CINASPIC (constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif) et Locaux nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif : () les espaces de logistique urbaine, dédiés à l'accueil des activités liées à la livraison et à l'enlèvement des marchandises, pouvant inclure du stockage de courte durée et le retrait par le destinataire ; sont autorisés les activités d'entreposage et de reconditionnement pratiquées uniquement temporairement ou de façon marginale. " Aux termes de l'article UG.2.2.2 de ce règlement : " 1°- Dispositions générales : / - La fonction d'entrepôt n'est admise que sur des terrains ne comportant pas d'habitation autre que les logements de gardien et sous réserve du respect des dispositions de l'article UG.3 relatives à la desserte et d'une bonne insertion dans le site. / - La transformation en entrepôt de locaux existants en rez-de-chaussée sur rue est interdite. () "
7. La société Getir France soutient que l'utilisation des locaux concernés ne leur confère pas la destination d'entrepôt mais la destination " CINASPIC ", telle que définie par le plan local d'urbanisme de la Ville de Paris. Il ressort des pièces des dossiers, et notamment des documents décrivant le fonctionnement des magasins et des plans reproduits dans les requêtes, que les locaux exploités par la société requérante sont destinés à la réception et au stockage ponctuel de marchandises, à l'ensachage des commandes et à la mise à disposition de ces commandes aux livreurs en vue de leur remise à leur destinataire. Il ressort également des pièces du dossier que l'entreposage des marchandises est voué à être temporaire, dès lors que la stratégie de vente de la société Getir France, qui répond à une attente des consommateurs, repose notamment sur la fraîcheur des produits et des plats proposés à la vente par la mise en œuvre de circuits courts. Ces locaux doivent donc être regardés comme ayant pour objet, à l'instar des espaces de logistique urbaine, d'optimiser en milieu urbain le délai et le mode de livraison par la mise en place d'une logistique dite " du dernier kilomètre ", qui conduit à diminuer le trafic de camions et le nombre de points de livraison dans Paris intramuros, et présentent ainsi un intérêt collectif. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les locaux concernés par les décisions attaquées correspondent à la définition d'espace de logistique urbaine au sens du règlement du PLU de la Ville de Paris qui, contrairement à la destination d'entrepôt, n'est pas interdite par l'article UG.2.2.2 du même PLU dans le cadre de la transformation de locaux existants en rez-de-chaussée sur rue, est propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées par lesquelles son auteur a estimé que le changement de destination de ces locaux ne serait pas régularisable par la délivrance de la décision de non-opposition à déclaration préalable, mentionnée à l'article L. 421-4 du code de l'urbanisme, en vertu duquel, combiné avec l'article R. 421-17 de ce code, une telle déclaration préalable est requise pour le changement de destination de locaux.
En ce qui concerne l'urgence :
8. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
9. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution des décisions attaquées la mettant en demeure de remettre les différents locaux qu'elle occupe à Paris dans leur état d'origine dans un délai de trois mois à compter de la notification de la décision, la société Getir France fait notamment valoir que ces décisions ne sont pas isolées dès lors que ses neuf locaux à Paris au total sont susceptibles de faire l'objet de la même mesure, qu'elles préjudicieront de manière grave et immédiate à l'équilibre financier de l'entreprise dès lors que le chiffre d'affaires généré par l'activité des sites parisiens représente 28 % du chiffre d'affaires total de la société Getir France, que ces sites emploient 23 % de son personnel et que les décisions menacent le maintien de 77 emplois à durée indéterminée. Elle produit à l'appui de ses requêtes une attestation de la société d'expertise-comptable Axcio en date du 22 novembre 2022, qui suffit à établir la réalité de ses allégations, du préjudice engendré et du risque d'atteinte grave et immédiate à leur équilibre économique. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, et alors qu'à l'audience, la Ville de Paris n'a pas contesté que des mises en demeure concernant d'autres sites des mêmes sociétés étaient en préparation, la société Getir France justifie d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution des décisions du 13 septembre 2022, du 17 juin 2022 et du 7 juillet 2022, par lesquelles la maire de la Ville de Paris a mis en demeure la société Getir France de remettre les lieux qu'elle occupe dans leur état d'origine 26, rue de Vercingétorix dans le 14ème arrondissement de Paris, 34, rue Popincourt dans le 11ème arrondissement de Paris et 37, rue de l'amiral Mouchez dans le 13ème arrondissement de Paris dans un délai de trois mois à compter de la notification de sa décision, sous peine d'une astreinte administrative de 200 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme totale pour les trois instances de 1 500 euros à verser à la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la Ville de Paris tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société requérante, celle-ci n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Les décisions attaquées sont suspendues.
Article 2 : La Ville de Paris versera la somme totale pour les trois instances de 1 500 (mille cinq cent) euros à la société Getir France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Getir France et à la Ville de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
Le juge des référés,
J.-F. A
La greffière,
S. RAHMOUNI
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./4-3 ; N° 2224348/4-3 ; N° 2224352/4-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026