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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224459

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224459

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Harir, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, à titre principal, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle " non salariée " ou, à titre subsidiaire, une attestation de prolongation d'instruction autorisant l'exercice d'une activité professionnelle " non salariée " dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'il a besoin de produire à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) un document de séjour autorisant l'exercice d'une activité " non salariée " afin d'obtenir un avis favorable sur la caractère réel et sérieux de son projet de création d'entreprise ; qu'il n'obtiendra cet avis favorable que s'il justifie d'un dépôt de fonds d'au moins 30 000 euros sur un compte spécifique à sa société en cours de création et qu'il ne peut pas s'inscrire au registre du commerce et des sociétés (RCS) en l'absence de production au greffe du tribunal de commerce d'un document de séjour l'autorisant à exercer une activité non salariée ; elle est également remplie dès lors qu'il sollicite le renouvellement de son titre de séjour et que l'impossibilité rencontrée d'enregistrer sa société au RCS du fait de l'absence de document de séjour l'autorisant à travailler constitue une atteinte grave et immédiate à sa liberté d'entreprendre ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle vise à préserver ses intérêts pour l'avenir et notamment sa possibilité d'obtenir un titre séjour " passeport talent - création d'entreprise " et de ne pas se voir imposer une situation d'irrégularité sur le territoire français alors qu'il remplit effectivement les conditions de droit et de fait pour obtenir ce titre de séjour ;

- la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que sa première demande de titre de séjour pour l'exercice d'une activité non salariée a été clôturée le 28 août 2022, que sa seconde demande déposée le 9 septembre est en cours d'instruction et qu'il a transmis les derniers compléments le 17 novembre 2022 et qu'il résulte de l'extrait AGDREF que l'administration a décidé de rejeter sa demande de passeport talent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : 1° Un visa de long séjour ; () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 de ce code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / () Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre. "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ayant obtenu un diplôme équivalent au grade de master ou pouvant attester d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable et qui, justifiant d'un projet économique réel et sérieux, crée une entreprise en France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte permet l'exercice d'une activité commerciale en lien avec la création de l'entreprise ayant justifié sa délivrance. "

5. Il résulte de l'instruction que M. B était titulaire d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 8 août 2022. Il a déposé une première demande de titre de séjour " passeport talent - création d'entreprise " le 20 août 2022, qui a été clôturée pour incomplétude. Sa seconde demande, enregistrée le 9 septembre 2022, est en cours d'instruction. A la date d'enregistrement de sa requête, il est titulaire d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au 3 janvier 2023. Il établit par les pièces produites qu'il ne peut obtenir l'avis de la DRIETTS sur le caractère réel et sérieux de son projet de création d'entreprise sans être au préalable titulaire d'une autorisation de séjour l'autorisant à exercer une activité non salariée, celle-ci lui étant indispensable pour enregistrer sa société au registre du commerce et des sociétés et justifier du dépôt de fonds de 30 000 euros au nom de son entreprise. De plus, l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande, permet uniquement à M. B de justifier de la régularité de son séjour le temps de l'examen de sa demande de changement de statut par l'administration. Il justifie donc de l'utilité et de l'urgence particulière de sa situation par son droit à se maintenir en France et à poursuivre ses démarches en vue de la création de son entreprise et par la prolongation pendant une durée anormalement longue de la situation précaire qui lui est imposée par la préfecture de police.

6. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par M. B ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de fixer à M. B un rendez-vous dans un délai de cinq jours à compter de la notification l'ordonnance à intervenir afin de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité non salariée.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 500 euros à la charge de l'État sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de convoquer M. B dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité non salariée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 13 décembre 2022.

La juge des référés,

J. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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