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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224498

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224498

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2022, Mme A C, représentée par Me Perdereau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Perdereau, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis rendu le 30 juin 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a été au vu d'un rapport d'un médecin instructeur qui lui a été transmis dans le délai prescrit, et que ce médecin n'a pas siégé au sein du collège ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle viol les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Perdereau avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 23 juillet 1976 et entrée en France le 20 juin 2015 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs médicaux. Par un arrêté du 19 août 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de vingt-quatre mois. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / (). ". Ces conditions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code et précisées par un arrêté du 27 décembre 2016.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII ayant émis le 30 juin 2022 l'avis au vu duquel le préfet de police s'est prononcé à partir d'un rapport médical établi le 27 mai 2022 par un médecin instructeur, lequel n'a pas siégé en son sein, et qui lui a été transmis le 30 mai 2022, sans qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose, en tout état de cause, de délai pour sa transmission. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

4. D'autre part, pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 8 mars 2022, que Mme C souffre d'une neutropénie ainsi que d'un état de syndrome de stress post traumatique pour lequel elle bénéficie d'un suivi médical trimensuel assuré par un médecin généraliste, ainsi que d'une psychothérapie analytique hebdomadaire et de médicaments. Si elle allègue qu'une prise en charge psychiatrique serait impossible dans son pays d'origine, en raison d'un nombre très faible de structures médicales spécialisées et d'un nombre réduit de spécialistes, ni les certificats médicaux établis les 21 juin 2019, 7 mai 2021 et 8 mars 2022 par des médecins du centre de soins Primo Levi, qui présentent un caractère général et indiquent par ailleurs expressément que des " relais " de centre de soins prenant en charge les victimes de psychotraumatisme y sont présents ou que des spécialistes compétents, même s'ils sont effectivement peu nombreux, exercent dans la capitale, ni le rapport du mois de juin 2018 de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés, et les références qui y sont faites à des données générales remontant à 2016, ou celles plus anciennes encore recueillies par l'Organisation mondiale de la santé ou par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, ne sont de nature à l'établir. En outre, si Mme C se prévaut qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement en raison du prix prohibitifs de certains médicaments, du nombre élevé de médicaments frelatés et d'une couverture insuffisante de l'assurance maladie, ni les certificats médicaux qu'elle produit, qui se bornent au mieux à décrire la situation générale de son pays d'origine en des termes peu circonstanciés, ni les mêmes données anciennes, ne sont davantage de nature à l'établir. Enfin, si la requérante soutient qu'un retour en République démocratique du Congo aggraverait les troubles psychiatriques dont elle souffre et qui sont liés à un stress post-traumatique consécutif à des évènements qu'elle y a vécus, les certificats médicaux produits, et notamment celui établi le 8 mars 2022, ne sauraient suffire à établir la réalité de ces évènements traumatisants en l'absence de tout autre élément probant et alors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides comme la Cour nationale du droit d'asile n'en ont pas admis l'existence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de Mme C.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 5, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, la requérante n'établissant ni l'impossibilité de poursuivre une prise en charge psychiatrique ni l'indisponibilité d'un traitement dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes du premier alinéa de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne a` la vie est protégé´ par la loi. La mort ne peut être infligée a` quiconque intentionnellement () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la même convention: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Si la requérante soutient que sa vie est menacée en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son état de santé et de l'impossibilité de bénéficier du traitement approprié à sa pathologie en République démocratique du Congo, elle n'apporte pas d'éléments, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, de nature à établir la réalité des risques auxquels elle serait personnellement exposée. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 à 8, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En vertu des dispositions de l'article L. 612-10 du même code, pour l'édiction et la durée de l'interdiction mentionnée à l'article L. 612-8, l'autorité administrative doit tenir compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

13. Si Mme C se prévaut de ce qu'elle séjourne en France depuis le 20 juin 2015, les seules pièces qu'elle produit ne sont pas de nature l'établir dès lors qu'au titre de l'année 2017 elle ne produit qu'un compte-rendu de consultation et d'un rendez-vous. Toutefois, compte tenu des nombreux documents médicaux qu'elle produit, elle doit être regardée comme résidant habituellement en France depuis l'année 2018. Ainsi, compte tenu de l'ancienneté du séjour de la requérante, de la circonstance qu'elle est célibataire sans enfant à charge et qu'elle ne justifie d'ailleurs d'aucun lien d'une particulière intensité sur le territoire ainsi que de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement, et quand bien même elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de police n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

14. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois sur la situation personnelle de Mme C.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de police de Paris et à Me Perdereau.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Hémery , premier conseiller ;

- Mme Tichoux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le président-rapporteur,

H. B

L'assesseur le plus ancien,

D. Hémery La greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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