vendredi 6 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2224680 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DOREAN AVOCATS (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 novembre 2022 et le 25 février 2025, M. C D, représenté par Me Maujeul, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du ministre de l'intérieur en date du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 ;
2°) d'annuler les arrêtés individuels de nomination de M. G A et de Mme B H ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de le promouvoir au grade de major de police au titre de l'année 2022 et de reconstituer sa carrière en conséquence ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il méconnaît les dispositions de l'article 14 du décret n° 2021-1249 du 29 septembre 2021 ;
- il est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 13 du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 dès lors que plusieurs agents ont été inscrits au tableau d'avancement par ordre alphabétique et non par ordre de mérite ;
- il est entaché d'une rupture d'égalité entre les agents promouvables et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses mérites professionnels sont supérieurs à ceux de plusieurs agents promus, en particulier M. A et Mme H ;
- les arrêtés individuels de nomination contestés sont illégaux par voie de conséquence de l'illégalité du tableau d'avancement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Dubois, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le décret n° 2021-1249 du 29 septembre 2021 ;
- l'arrêté du 1er août 2022 fixant les taux de promotion dans le corps d'encadrement et d'application de la police nationale du ministère de l'intérieur pour l'année 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lamarche, première conseillère,
- les conclusions de Mme Kanté, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cailleux, substituant Me Dubois, pour le ministre de l'intérieur.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, brigadier-chef de police depuis le 1er juin 2010 qui exerce les fonctions de chef de la brigade de nuit au sein du service de soutien opérationnel (SSO) de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police, a sollicité son inscription sur le tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022. Par un arrêté du 30 septembre 2022 le ministre de l'intérieur a établi ce tableau d'avancement et n'a pas inscrit M. D. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que deux arrêtés individuels de nomination pris sur son fondement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique du litige :
2. Aux termes de l'article L. 522-18 du code général de la fonction publique : " L'avancement de grade a lieu, sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, selon les proportions définies par les statuts particuliers des corps ou cadres d'emplois, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des fonctionnaires. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité chargée d'établir le tableau annuel d'avancement tient compte des lignes directrices de gestion prévues au chapitre III du titre Ier du livre IV. / Il est tenu compte de la situation respective des femmes et des hommes dans les corps et grades concernés, dans le cadre des lignes directrices de gestion prévues au chapitre III du titre Ier du livre IV. / Le tableau annuel d'avancement précise la part respective des femmes et des hommes dans le vivier des agents promouvables et celle parmi les fonctionnaires inscrits à ce tableau qui sont susceptibles d'être promus en exécution de celui-ci ; () " Aux termes de l'article L. 522-19 du même code : " Les décrets portant statut particulier des corps de la fonction publique de l'Etat fixent les principes et les modalités de nomination au grade d'avancement, notamment les conditions de grade et d'échelon requises pour participer à la sélection professionnelle. ".
3. Aux termes de l'article 12 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le tableau d'avancement prévu à l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée est préparé, chaque année, par l'administration en tenant compte notamment : / 1° Des comptes rendus d'entretiens professionnels ou des notations pour les agents soumis au régime de la notation ;/ 2° Des propositions motivées formulées par les chefs de service, notamment au regard des acquis de l'expérience professionnelle des agents au cours de leur carrière ; () ". L'article 13 du même décret précise : " Les fonctionnaires sont inscrits au tableau par ordre de mérite. Les candidats dont le mérite est jugé égal sont départagés par l'ancienneté dans le grade. " Par ailleurs, l'article 17 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale, dans sa version applicable au litige dispose : " Pour l'établissement du tableau d'avancement de grade, il est procédé à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus compte tenu des notes obtenues par les intéressés, des propositions motivées formulées par les chefs de service et de l'appréciation portée sur leur manière de servir. Cette appréciation prend en compte les difficultés des emplois occupés et les responsabilités particulières qui s'y attachent ainsi que, le cas échéant, les actions de formation continue suivies ou dispensées par le fonctionnaire et l'ancienneté. "
4. D'une part, les fonctionnaires, même s'ils remplissent les conditions statutaires requises pour bénéficier d'une promotion au choix, ne détiennent aucun droit à être inscrits sur un tableau d'avancement. D'autre part, le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un recours tendant à l'annulation d'un arrêté portant inscription au tableau d'avancement et nomination dans un grade supérieur, ne peut se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, et doit analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade. Il lui appartient de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 visé ci-dessus : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter de l'enregistrement de cet acte au recueil spécial mentionné à l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure, lorsqu'il est fait application de cet article, ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; / () ".
6. Par un décret du 29 juillet 2022, publié au Journal officiel de la République française le 30 juillet suivant, M. F E, signataire de l'arrêté n°6567 du 30 septembre 2022 en litige, a été nommé directeur des ressources et des compétences de la police nationale à l'administration centrale du ministère de l'intérieur, à compter du 23 août 2022 et bénéficiait ainsi d'une délégation de signature en application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'un vice d'incompétence ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, le refus d'inscription à un tableau d'avancement n'est pas au nombre des décisions individuelles refusant aux intéressés un avantage auquel ils ont droit qui, en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, doivent être motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté comme inopérant.
8. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, les fonctionnaires, même s'ils remplissent les conditions statutaires requises pour bénéficier d'une promotion au choix, ne détiennent aucun droit à être inscrits sur un tableau d'avancement. Par suite, et en tout état de cause, M. D n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 14 du décret du 29 septembre 2021 visé ci-dessus en ne l'inscrivant pas automatiquement au tableau d'avancement au grade de major au titre de l'année 2022.
9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que si le télégramme n°1618 du 30 septembre 2022 a été établi par ordre alphabétique, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté n° 6567, daté du même jour, portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 publié au bulletin officiel du ministre de l'intérieur le 14 novembre suivant, qui a établi par ordre de mérite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 13 du décret du 28 juillet 2010 précédemment visé ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, M. D soutient que son ancienneté et ses mérites professionnels sont supérieurs à ceux de plusieurs agents promus.
11. D'une part, si M. D fait valoir qu'il justifie d'une ancienneté dans le grade supérieure à celle de plusieurs agents promus, il résulte des dispositions citées au point 3 que cette circonstance permet seulement de départager des fonctionnaires dont le mérite est jugé égal et ne saurait justifier, à elle seule, son inscription au tableau.
12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. D, promu brigadier-chef le 1er juin 2000, est chef de la brigade de nuit au sein du service de soutien opérationnel (SSO) de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police. Il exerçait antérieurement les fonctions d'agent du renseignement au sein de la direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP). Il a obtenu la note de 6 en 2019 et 2020 et n'a pas été noté en 2021. Ses comptes-rendus d'entretiens professionnels sont synthétiques et comportent des appréciations littérales neutres. Si en 2020, il a été considéré immédiatement apte à occuper des fonctions supérieures, ce même item avait été coché " non " l'année précédente.
S'agissant de l'inscription de M. A :
13. Il ressort des pièces du dossier que M. A, exerce des fonctions d'adjoint au chef de brigade au sein de la DOPC au titre desquelles il encadre douze agents. Il a obtenu la note de 6 entre 2019 et 2021 et était, en 2019, considéré immédiatement apte à occuper des fonctions supérieures. Ses comptes-rendus d'entretiens professionnels valorisent ses capacités d'encadrement et son expérience professionnelle. Sa hiérarchie le qualifie, en outre, d'" élément moteur ", apprécié de tous. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux mérites respectifs que présentaient les candidatures de M. D et M. A et n'a pas méconnu le principe d'égalité de traitement.
S'agissant de l'inscription de Mme H :
14. Il ressort des pièces du dossier que Mme H, exerce les fonctions de chef de brigade du groupe n° 2 du SSO Sud au sein de la DOPC au titre desquelles elle encadre quatorze agents. Elle n'a pas été notée en 2019 et a obtenu la note de 6 en 2020 et 2021. Ses comptes-rendus d'entretiens professionnels soulignent, que travaillant de nuit sans hiérarchie directe, elle assume des fonctions multiples et variées, sait anticiper, fait preuve d'initiative et prend ses responsabilités chaque fois que cela est nécessaire. Son évaluateur relève, en outre, qu'elle sait mobiliser l'ensemble de ses collaborateurs pour assurer la continuité du service et précise que son professionnalisme et sa rigueur dans la gestion de son groupe " font l'unanimité. " Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation en préférant la candidature de l'intéressée à celle de M. D et n'a pas méconnu le principe d'égalité de traitement.
15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022.
En ce qui concerne la légalité des arrêtés individuels de nomination :
16. L'arrêté du 30 septembre 2022 portant tableau d'avancement au grade de major de police au titre de l'année 2022 n'étant pas illégal pour les motifs énoncés aux points 6 à 14, M. D n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés individuels de nomination contestés seraient illégaux par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté portant tableau d'avancement.
17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande M. D au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à M. G A et à Mme B H.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2025 à laquelle siégeaient :
M. Davesne, président,
Mme Lamarche, première conseillère,
M. Tanzarella Hartmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2025.
La rapporteure,
M. LamarcheLe président,
S. Davesne
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026