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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224831

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224831

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2022, M. C A, représenté par Me de Sa-Pallix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " entrepreneur / profession libérale " et une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le cas de l'annulation de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en raison d'un moyen de légalité interne, dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre très subsidiaire, dans le cas de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ou de la décision fixant le pays de destination, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu a été méconnu en l'absence du contradictoire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions régissant l'accès aux fichiers informatisés contenant des informations judiciaires, et des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions régissant l'accès aux fichiers informatisés contenant des informations judiciaires, et des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre qu'elle assortit ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard dispositions régissant l'accès aux fichiers informatisés contenant des informations judiciaires, et des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard dispositions régissant l'accès aux fichiers informatisés contenant des informations judiciaires, et des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre et de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions régissant l'accès aux fichiers informatisés contenant des informations judiciaires, et des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre, de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- et les observations de Me de Sa-Pallix avocat de M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 1er janvier 1981 et entré en France le 14 mai 2017 selon ses déclarations, a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " le 11 mai 2018, valable jusqu'au 10 mai 2022, dont il a sollicité le renouvellement ainsi qu'un changement de statut en qualité d'" entrepreneur - profession libérale ". Par un arrêté du 18 août 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par l'article 6 de l'arrêté n° 2022-00856 du 21 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a expressément donné délégation à M. E, attaché d'administration de l'Etat, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, adjointe au chef du 6ème bureau, assurant les fonctions de chef de bureau par intérim, de M. D, sous-préfet hors classe, sous-directeur du séjour et de l'accès à la nationalité et de M. de Manheulle, administrateur de l'Etat hors classe, chef du service de l'administration des étrangers, adjoint au préfet délégué à l'immigration à la préfecture de police. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'étaient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Par ailleurs, la délégation de signature accordée à M. E est suffisamment précise dès lors qu'elle est donnée dans la limite de ses attributions et que celui-ci est placé sous l'autorité du chef du 6ème bureau de la préfecture de police, lequel, en vertu de l'article 10 de l'arrêté n° 2021-00355 du 26 avril 2021 du préfet de police, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris 27 avril 2021, est chargé notamment de l'instruction des demande de titre de séjour " entrepreneurs " et " professions libérales ", lui permettant ainsi de signer les décisions de refus de telles demandes et les décisions pouvant en découler. Enfin, en vertu de l'article 1er de l'arrêté de délégation du 21 juillet 2022, M. de Manheulle était compétent pour signer notamment les arrêts et décisions nécessaires à l'exercice des missions fixées par l'arrêté du 26 avril 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application et indique, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de M. A. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de ce dernier, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. A, qui se prévaut des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit ainsi être regardé comme soutenant qu'il a été privé de la possibilité de faire entendre son point de vue en méconnaissance de ces stipulations. Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il implique que le préfet, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision défavorable à ses intérêts, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure avant qu'elle n'intervienne.

5. En l'espèce, si M. A soutient qu'il n'a jamais été en mesure de produire des observations à l'égard des faits qui lui sont reprochés et pour lesquels le préfet de police a estimé que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, il lui appartenait, lors du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles et de les compléter le cas échéant au cours de l'instruction de sa demande. Par ailleurs, le requérant n'établit pas ni même allègue qu'il aurait en vain tenté de faire valoir des éléments qui, s'ils avaient été portés en temps utile à la connaissance du préfet de police, auraient fait obstacle au refus de renouvellement de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tenant à la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, pour refuser de renouveler le titre de séjour de M A, le préfet de police s'est fondé sur les faits d'agression sexuelle en récidive commis par l'intéressé le 5 juillet 2021 pour lesquels ce dernier avait été condamné le 7 juillet 2021 par le président du tribunal judiciaire de Paris à une peine d'un an d'emprisonnement, dont quatre mois avec sursis probatoire durant deux ans, lesquelles sont mentionnées dans le bulletin n° 2 extrait de son casier judicaire produit. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que le préfet de police se serait ainsi fondé sur des informations issues de la consultation de fichiers informatisés contenant des informations judiciaires à laquelle seuls des agents spécialement habilités auraient été en mesure de procéder. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions régissant l'accès aux fichiers informatisés et à l'article R. 49-20 du code de procédure pénale doit, en toute hypothèse, être écarté.

7. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de refuser de renouveler son titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir que cela n'aurait pas été le cas.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle () au renouvellement de la carte de séjour temporaire (). ".

9. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il s'était rendu coupable de faits d'agression sexuelle en récidive commis le 5 juillet 2021, pour lesquels il avait été condamné le 7 juillet 2021 par le président du tribunal judiciaire de Paris à une peine d'un an d'emprisonnement, dont quatre mois avec sursis probatoire durant deux ans. Il ressort de l'extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire produit par le préfet de police que M. A a effectivement commis ces faits et a été condamné à cette peine. Il ressort par ailleurs du jugement du 8 avril 2022 du juge d'application des peines du tribunal judiciaire de Paris produit par M. A, que ce dernier s'était déjà rendu coupable de faits d'agression sexuelle en 2019 pour lesquels il a été condamné à six mois d'emprisonnement assortis d'un sursis pendant deux ans. Compte tenu de la nature de ces faits, de leur gravité et de leur caractère récent et répété, et en dépit de certains efforts de réinsertion dans le cadre d'un suivi psychothérapeutique et de son activité professionnelle, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de police a pu estimer que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 9, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, en tout état de cause, le moyen tiré du vice de procédure doit l'être également.

12. En troisième lieu, la décision, qui vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur laquelle elle est fondée, n'avait pas à comporter de motivation distincte en fait de celle du refus de titre de séjour qui est suffisamment motivée ainsi qu'il a été précisé au point 3.

13. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français.

14. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors que le préfet de police ne s'est pas fondé sur cette circonstance pour l'obliger à quitter le territoire français, mais sur le refus de renouvellement de titre de séjour qui lui était opposé.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

16. Si M. A se prévaut de ce qu'il vit en France depuis plus de cinq ans et de son insertion sociale et professionnelle en qualité de conseil en informatique, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire sans charge de famille et il n'établit pas l'intensité des liens qu'il aurait tissés en France en dehors de son activité professionnelle qu'il exerce depuis le 30 septembre 2019, tandis qu'il dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et son frère et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans. Enfin, et ainsi qu'il a été indiqué au point 10, il s'est rendu coupable de manière répétée de faits d'agression sexuelle pour lesquels il a été condamné en dernier lieu le 7 juillet 2021. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en dépit son insertion professionnelle en France et de la circonstance qu'il ait été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 11 mai 2018 au 10 mai 2022, en refusant le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 16, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de renouvellent de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, en tout état de cause, le moyen tiré du vice de procédure doit l'être également.

19. En troisième lieu, la décision comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

20. En quatrième lieu, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de fixer son pays de renvoi d'office.

21. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

22. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce que son comportement constituait une menace pour l'ordre public en raison des faits d'agression sexuelle commis le 5 juillet 2021 pour lesquels il a été condamné le 7 juillet 2021 ainsi qu'il a été rappelé au point 10. Il résulte de ce qui a été exposé au point 9 que le préfet de police n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

23. En dernier lieu, compte tenu de ce qui été exposé au point 14, la décision ne peut être regardée comme portant une atteinte excessive au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

24. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 16, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de renouvellent de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

25. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, en tout état de cause, le moyen tiré du vice de procédure doit l'être également.

26. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ".

27. En l'espèce, l'arrêté, qui précise que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il est de nationalité tunisienne et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droit de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement admissible, est suffisamment motivé en fait et, en tout état de cause, fixe ainsi le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

28. En dernier lieu, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de fixer son pays de renvoi d'office.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

29. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 28, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire, doit être écarté.

30. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, en tout état de cause, le moyen tiré du vice de procédure doit l'être également.

31. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle M. A avant de lui interdire de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir que cela n'aurait pas été le cas.

32. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / (). ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

33. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de la menace à l'ordre public que représente M. A et de son absence d'insertion en France par-delà son activité professionnelle, quand bien même il réside régulièrement en France depuis un peu plus de cinq ans à la date de l'arrêté, que le préfet de police a commis une inexactitude matérielle ou fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a rappelé les quatre critères, en fixant à trois ans la durée de son interdiction de retour, sans que le requérant puisse se prévaloir de ce que la décision édictant le principe de cette interdiction, qui est fondée sur l'absence de délai de départ volontaire, méconnaisse ces dispositions.

34. En dernier lieu, aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

35. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 15, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans porte au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

36. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Tichoux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le président-rapporteur,

H. F

L'assesseur le plus ancien,

D. HémeryLa greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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