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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224880

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224880

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantCABINET ANDERSON CHERFA AVOCAT (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 novembre 2022, enregistrée le 1er décembre 2022 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal la requête présentée par Mme A B.

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Versailles et un mémoire enregistré le 16 janvier 2023 au greffe du tribunal, Mme B, représentée par la SELARL Anderson Cherfa Avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 du préfet des Yvelines en tant qu'il a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ", et, à titre subsidiaire, de l'autoriser à déposer une nouvelle demande de titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et d'enjoindre au préfet d'examiner sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de cet examen dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles violent les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elles violent les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elles violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de la SELARL Anderson Cherfa Avocats, avocat de Mme B, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 1er décembre 1981 et entrée en France le 9 juillet 2017 munie de son passeport revêtu d'un visa, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. Par un arrêté du 28 septembre 2022, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il rejette sa demande d'admission au séjour et l'oblige à quitter le territoire français.

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation à M. Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les stipulations du b) de l'article 7 et de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dont le préfet des Yvelines a fait application et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles ce dernier s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B. En outre, l'obligation faite à l'intéressée de quitter le territoire français, qui vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à comporter une motivation spécifique en fait, distincte de celle du refus de titre de séjour qui l'accompagne et qui est suffisamment motivé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, le préfet des Yvelines a refusé la délivrance d'un certificat de résidence à Mme B en qualité de salariée, d'une part, au regard des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, en estimant qu'elle ne disposait pas d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes et qu'elle était dépourvue du visa de long séjour exigé par les stipulation de l'article 9 du même accord et, d'autre part, au regard de son pouvoir de régularisation au motif qu'elle ne justifiait pas avoir été munie d'une autorisation de travail pour pouvoir exercer une activité salariée de 2021 à 2022. Si la requérante, qui n'établit pas ni même allègue, qu'elle aurait disposé notamment d'un visa de long de séjour, indique qu'elle ne détenait pas de titre de séjour en cours de validité nécessaire à l'obtention d'une autorisation de travail mais qu'elle détenait un dossier de demande d'autorisation de travail accompagnée de l'ensemble des documents demandés, cette seule circonstance n'est pas de nature à faire regarder le préfet des Yvelines comme ayant commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation.

5. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / (). ".

6. Mme B, qui a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) avec un ressortissant français et n'est pas mariée avec ce dernier, ne peut utilement se prévaloir, en tout état de cause, de ces stipulations.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 n'est assorti d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si Mme B se prévaut d'une vie commune avec un ressortissant français depuis le mois de février 2021, avec lequel elle a conclu un PACS le 13 mai 2022, elle ne justifie pas de la réalité de leur vie commune avant le mois de juillet 2022 et n'avait d'ailleurs pas fait mention de cette relation dans le questionnaire qu'elle avait rempli le 22 juin 2022 à l'occasion de sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans sans apporter d'éléments de nature à établir les violences que sa famille pourrait lui faire subir en raison de sa soustraction à un mariage forcé et de sa relation actuelle avec un ressortissant français. Dès lors, et quand bien même elle aurait un neveu et une nièce en France, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme B et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de sa faible durée de présence en France et du caractère récent de sa relation avec un ressortissant français, et quand bien même elle aurait bénéficié d'une demande d'autorisation de travail et aurait présenté une première demande de titre de séjour le 23 novembre 2021, que le préfet des Yvelines a commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 10, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ou, en tout état de cause, celles tendant à ce qu'elle soit autorisée à présenter une nouvelle demande de titre de séjour, de même que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Yvelines.

Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- Mme Tichoux, première conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le président-rapporteur,

H. C

L'assesseur le plus ancien,

D. HémeryLa greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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