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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224906

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224906

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022, M. A B, représenté par Me Singh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à temps plein, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Singh, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de production de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), il n'est pas établi que ce dernier a été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'OFII n'a pas été saisi de nouveau à la suite de l'aggravation de son état de santé postérieurement à l'envoi du certificat médical confidentiel ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du défaut des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 17 janvier 2023, à 12h00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, né le 7 mai 1985 et entré en France le 25 octobre 2019 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs médicaux. Par un arrêté du 25 mars 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, placée sous l'autorité de la cheffe du 9ème bureau, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. La délégation, dès lors qu'elle constitue un acte réglementaire, régulièrement publiée, l'administration n'a pas à en rapporter la preuve de son existence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de refuser de lui accorder un titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

5. En quatrième lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Les conditions d'application de ces dispositions ont été définies aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du même code, et précisées par l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En vertu des articles 1er et 2 de cet arrêté, l''étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier, lequel, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'OFII.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police s'est prononcé au vu d'un avis émis le 3 janvier 2022 par des médecins de l'OFII à l'issue d'une délibération collégiale ainsi qu'en atteste la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ". Par ailleurs, le requérant ne peut utilement se prévaloir de son hospitalisation intervenue du 26 au 28 mars 2022, postérieurement à l'arrêté attaqué, en raison d'une embolie pulmonaire compliquée d'un infarctus pulmonaire surinfecté, et à supposer même que son état de santé se soit aggravé antérieurement, il n'établit pas, ni même allègue, avoir saisi en vain le collège médical ou le préfet de police de cet élément nouveau. Enfin, l'absence de communication de son entier dossier médical est, par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de police a estimé, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 3 janvier 2022, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risques vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 12 avril 2021 et de la lettre de sortie d'hospitalisation établie par un médecin un praticien hospitalier, que M. B souffre d'une neuropathie périphérique du membre inférieur gauche, de douleurs rachidiennes et présente un syndrome d'épuisement dépressif majeur et bénéficie à ce titre d'un traitement médical à base de Tramadol, Manserine et Gabapentine. Par ailleurs, il a été hospitalisé du 26 au 28 mars 2022 à la suite d'une embolie pulmonaire compliquée d'un infarctus pulmonaire surinfecté et bénéficie d'un suivi et d'un traitement notamment à base de Rivaroxaban et d'Amoxicilline. Si le requérant allège qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir dès lors qu'aucun des documents qu'il produit ne prend explicitement parti sur ce point s'agissant de l'une ou l'autre de ces pathologies. Dans ces conditions, et sans qu'il puisse utilement se prévaloir de ce qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur leur fondement.

8. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants et doivent être écartés.

9. En dernier lieu, si le refus de titre de séjour porte préjudice au suivi médical de M. B, cette seule circonstance, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que son défaut de traitement aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ainsi qu'il a été précisé au point 7, d'une part, et que les seuls rapports généraux anciens dont il se prévaut émanant de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés et de l'Organisation mondiale de la santé ne sont pas de nature à établir qu'il serait dans l'incapacité de bénéficier d'un traitement approprié en Guinée, d'autre part, n'est pas de nature à établir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

11. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 9, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

12. En dernier lieu, et compte tenu notamment de ce qui a été exposé au point 9 et de ce que M. B n'était présent en France que depuis deux ans et demi environ à la date de l'arrêté attaqué, le préfet de police ne peut être regardé comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit aux points 10 à 12, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. D'autre part, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. Si le requérant soutient qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Guinée en raison de l'impossibilité d'avoir accès à un traitement adapté à son état de santé, il ne l'établit pas compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 7 et 9. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police de Paris et à Me Singh.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le président-rapporteur,

H. D

L'assesseur le plus ancien,

D. Hémery

La greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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