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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225338

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225338

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225338
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2022, M. D E et Mme A E, agissant en leur nom propre et au nom de leurs enfants mineurs, C E et F E, représentés par Me Sangue, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de prendre en charge leur famille, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil, Me Sangue, d'une somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement à eux-mêmes de cette somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que malgré des appels au dispositif d'hébergement d'urgence (115), ils sont privés de tout hébergement, alors qu'ils sont accompagnés de leurs deux enfants mineurs et que les conditions climatiques actuelles accentuent leur vulnérabilité ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant, en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui est une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucune carence de l'Etat n'est caractérisée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New York relative aux droits de l'enfant, signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

-les observations de Me Sangue pour les requérants, qui persistent dans leurs conclusions. Ils soutiennent en outre avoir dû quitter, le 24 novembre 2022, leur hébergement en centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA), situé à Béziers, car cet hébergement prenait fin le 30 novembre dernier ; que leur enfant est inscrit à l'école à Paris ; que M. E souffre d'une hépatite B ; qu'il a trouvé un emploi dans un centre de tri de déchets, à Paris, sous couvert d'un contrat à durée déterminée ; qu'ils ont trouvé refuge pour quelques nuits dans les couloirs d'un foyer Adoma situé dans le 18ème arrondissement de Paris.

-et les observations de Me Falala, pour le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, qui maintient ses conclusions.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. M. et Mme E, ressortissants sénégalais, titulaires de cartes de résident depuis le 8 juin 2022, sont accompagnés de leur fils, né le 5 novembre 2018, et de leur fille, née le 12 décembre 2021, qui a été admise au statut de réfugiée, par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, du 22 avril 2022. Il résulte de l'instruction que M. et Mme E ont été hébergés par le Samusocial, du 18 juillet 2018 au 27 janvier 2022, de façon continue. A la suite du dépôt de demandes d'asile, dont ils se sont désistés le 22 septembre 2022, M. et Mme E ont été hébergés en centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA), situé à Béziers, du 19 janvier au 24 novembre 2022. A l'audience, ils indiquent qu'ils ont trouvé refuge pour quelques nuits dans un foyer Adoma, situé à Paris, qu'au moment de leur sortie de leur précédent hébergement, à Béziers, ils n'auraient pu avoir recours aux services de l'assistante sociale qui les suivait car cette dernière était en congés, enfin, que M. E, qui souffre de l'hépatite B, a trouvé un emploi dans un centre de tri de déchets, à Paris, sous couvert d'un contrat à durée déterminée, dans lequel il ne pourra se maintenir sans bénéficier d'un hébergement. Toutefois, selon les éléments transmis par l'office français de l'immigration et de l'intégration aux services de la préfecture de la région d'Ile-de-France, la sortie du centre d'accueil de demandeurs d'asile des intéressés et de leurs enfants a eu lieu à la suite d'une demande de sortie au motif d'un " logement parc privé autonome (bail direct) ". Dans ces conditions, les requérants et leurs enfants ne peuvent être regardés comme établissant se trouver dans une situation de détresse médicale, psychique et sociale, au sens des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Ils ne justifient dès lors pas d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, ni de mettre à la charge de l'État la somme demandée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D E, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 9 décembre 2022.

La juge des référés,

F. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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