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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225548

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225548

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré, le 22 décembre 2022, M. C D, représenté par Me David, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2022 par lequel le préfet de police a décidé son maintien en rétention administrative au Centre de rétention de Paris-Vincennes 1 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- La décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- L'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- Le préfet de police n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle :

- La décision attaquée est contraire au principe du contradictoire et au droit d'être entendu protégé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- Il n'a pas bénéficié d'informations sur la procédure d'asile en méconnaissance de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- La mesure décidée n'est pas justifiée par des critères objectifs et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- La décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces ont été produites par le préfet de police le 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,

- Le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- Le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme de Schotten en application de l'article R. 777-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Schotten,

- les observations de Me David, avocat de M. D, présent, qui soutient que le préfet a commis plusieurs erreurs qui démontrent que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et qu'il aurait dû faire l'objet d'une mesure d'assignation à résidence car il réside chez sa mère ;

- et les observations de Me Faugeras représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 décembre 2022, le préfet de police a décidé du maintien en rétention administrative de M. D, ressortissant sénégalais, au Centre de rétention de Paris Vincennes 1. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ()". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0119 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à Mme A B, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui fondent la décision portant maintien en rétention de M. D. Le moyen tiré de ce que l'arrêté est insuffisamment motivé ne peut ainsi qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne résulte ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen personnel et complet de la situation de M. D. En particulier, le préfet de police n'a commis aucune erreur en considérant que l'intéressé avait fait l'objet d'un signalement pour tentative de meurtre et qu'il ne justifiait pas d'un lieu de résidence stable. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'absence de remise de l'ensemble des informations sur la demande d'asile, qui se rattache à la procédure d'asile, ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une décision de maintien en rétention administrative.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. " et aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

9. Pour prolonger la rétention de M. D, le préfet de police a considéré que la demande d'asile de l'intéressé n'a été déposée que le 10 décembre 2022, postérieurement à son placement en centre de rétention, lui-même consécutif à un arrêté du 9 novembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français. L'arrêté attaqué mentionne encore que l'intéressé s'était déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement en date du 16 septembre 2013. Au regard de ces éléments de fait, non contestés par le requérant, qui ne fait état dans sa requête d'aucun nouvel élément susceptible d'accréditer le sérieux de sa demande d'asile, par ailleurs rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 13 décembre 2022, et qui a été présentée près de 16 ans après l'entrée en France du requérant en 2006 selon ses déclarations à l'audience, c'est par une exacte appréciation des dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de justice administrative, et sans commettre d'erreur de droit, que le préfet de police a estimé, sur la base de critères objectifs, que la demande d'asile formée le 10 décembre 2022 avait pour seul but de faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement dont

M. D fait l'objet et dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal du 23 novembre 2022.

10. En septième lieu, le requérant ne démontre pas disposer d'une résidence stable et effective chez sa mère comme il le soutient. Par suite il n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant de son maintien en rétention au lieu de l'assigner à résidence, le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

11. En dernier lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre d'un arrêté dont le seul objet est de le maintenir en rétention en conséquence du caractère estimé dilatoire par le préfet de police de sa demande d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 10 décembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sont rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de police de Paris.

Jugement lu en audience publique le 22 décembre 2022

La magistrate désignée,

K. de SCHOTTENLe greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2225548/8

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