mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2225574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
B une requête, enregistrée le 10 décembre 2022, Mme C A, alias A, représentée B Me Pere, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision verbale du 5 décembre 2022 B laquelle le préfet de police a prolongé son délai de transfert à 18 mois et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre une attestation de demande d'asile ainsi que le formulaire de demande d'asile pour qu'il puisse introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros B jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à lui verser directement en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que, d'une part, la décision de transfert peut être exécutée à tout moment et, d'autre part, elle se trouve dans l'impossibilité de déposer une demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides alors que le délai de six mois pour procéder à son transfert est expiré et que le préambule du règlement dit " D " rappelle l'objectif de célérité du traitement des demandes de protection internationale ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article 9.2 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié dès lors que le préfet n'établit pas avoir informé les autorités espagnoles de la prolongation du délai de transfert ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que c'est à tort que le préfet de police l'a considérée en fuite en méconnaissant ainsi l'article 29.2 du règlement UE 604/2013.
B un mémoire ne défense, enregistré le 18 décembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen n'est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 décembre 2022 sous le numéro 2225573 B laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lardinois, greffière d'audience, M. E a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Mekarbech, substituant Me Père, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête B les mêmes moyens.
Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 3 mars 1997, est entrée irrégulièrement en France le 31 mars 2022, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été enregistrée le 6 avril 2022 selon la procédure dite " D ". La comparaison de ses empreintes digitales au moyen du système " Eurodac " ayant fait apparaitre qu'elle avait sollicité l'asile en Espagne, les autorités de ce pays ont été saisies le 25 avril 2022 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013 et ont fait connaitre leur accord le 27 avril suivant. Un arrêté de transfert vers l'Espagne a été pris à son encontre le 5 mai suivant. Le 5 décembre 2022, Mme A s'est présentée à la préfecture de police de Paris aux fins de faire enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Sa demande a été verbalement rejetée le 27 octobre 2022 et une nouvelle convocation en vue de l'exécution de la mesure de transfert lui a été remise. Mme A demande au juge des référés de suspendre la décision B laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit B le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit B la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. En vertu du premier paragraphe de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le transfert du demandeur d'asile vers l'Etat membre responsable s'effectue au plus tard dans un délai de six mois à compter de l'acceptation B l'autre Etat de la demande de prise en charge ou de reprise en charge. Le paragraphe 2 de ce même article prévoit qu'à défaut d'exécution dans ce délai de six mois, " L'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant ". Il ajoute que le délai est susceptible d'être porté à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite "
6. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, il ressort des pièces du dossier que les autorités espagnoles ont fait connaitre leur accord à la reprise en charge de Mme A le 27 avril 2022. Si le préfet de police fait valoir que Mme A ne s'est pas présentée au vol prévu pour son transfert le 27 octobre 2022 et, B suite, a été déclarée en fuite et le délai de transfert prolongé à dix-huit mois, il ressort des pièces du dossier que la requérante était hospitalisée du 21 octobre au 31 octobre 2022 pour des problèmes psychiatriques au centre hospitalier de Maison Blanche, pathologies pour lesquelles elle était précédemment suivie. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que Mme A ne saurait être regardée comme ayant pris la fuite et de ce que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'article 29.2 du règlement UE 604/2013, sont de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus d'enregistrement opposée à sa demande d'asile en procédure normale.
En ce qui concerne l'urgence :
7. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies B le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et globalement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
8. En l'espèce, Mme A, demandeur d'asile, peut être éloignée à tout moment à destination de l'Espagne. Elle est au demeurant convoqué pour le 15 mars 2023 en vue de l'exécution de l'arrêté de transfert la visant. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 6, le préfet de police n'établit pas, en l'état de l'instruction, que l'intéressée aurait eu la volonté de se soustraire de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le requérant justifie se trouver dans une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 5 décembre 2022 B laquelle le préfet de police a placé la requérante en fuite, a prolongé son délai de transfert aux autorités espagnoles et a refusé d'enregistrer sa demande en procédure normale.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue B des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Dans le cas où les conditions posées B l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution B l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.
11. Eu égard au caractère définitif que revêtirait l'enregistrement d'une demande d'asile en procédure normale, il n'appartient pas au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner une telle mesure. En revanche, la suspension de la décision du préfet de police prononcée B la présente ordonnance implique que l'autorité administrative procède au réexamen de la situation de Mme A au regard de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que Mme A est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle. B suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve, d'une part, que Me Père, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, d'autre part, de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Père de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera directement versée.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de police en date du 5 décembre 2022 refusant d'enregistrer la demande d'asile de Mme A est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Père, son conseil, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Père, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A, cette somme lui sera directement versée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à Me Père et au préfet de police.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 21 décembre 2022.
Le juge des référés,
B. E
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2225574/
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026