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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225620

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225620

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225620
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, Mme B C, épouse F, agissant en son nom personnel et au nom de ses deux enfants mineurs, M. G A F et M. E F, représentée par Me Djemaoun, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative:

1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de la prendre en charge ainsi que ses enfants, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie compte tenu des conditions climatiques actuelles alors qu'elle vit à la rue avec ses deux enfants âgés de 16 ans et 14 ans et qu'elle est atteinte d'un cancer, et de la saturation des hébergements d'urgence ;

- la carence de l'administration à leur proposer un logement porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit à l'hébergement d'urgence, l'intérêt supérieur de l'enfant et le principe de dignité de la personne humaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucune carence caractérisée constitutive d'une atteinte à une liberté fondamentale ne peut être reprochée à l'Etat compte tenu, d'une part, de la saturation du dispositif régional d'hébergement d'urgence malgré la mise en place de moyens structurels très importants et, d'autre part, de ce que la requérante n'établit pas l'existence d'une vulnérabilité particulière au regard de l'âge de ses enfants et de ce que sa maladie a été diagnostiquée il y a 11 ans et qu'aucun contrôle médical n'est intervenu depuis plus de cinq ans ; enfin, le Samusocial n'a enregistré qu'une seule demande lors d'une rencontre par maraude le 10 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 14 décembre 2022 en présence de M. Drai, greffier d'audience, M. D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Djemaoun, représentant Mme C ;

- les observations de Me Gorse, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Mme C, ressortissante tunisienne née le 1er novembre 1976, soutient qu'elle n'a pas réussi à obtenir un hébergement d'urgence malgré de nombreux appels au 115 alors qu'elle vit dans la rue avec ses deux fils G A F et E F et qu'elle est atteinte d'un cancer. Toutefois, d'une part, il constant que malgré les efforts importants de l'administration pour accroitre les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et en dans la région d'Ile-de-France, ces capacités ne suffisent pas à satisfaire l'ensemble des demandes, que notamment, s'agissant de la seule journée du 6 décembre 2022, 1 023 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 789 personnes en situation de famille avec enfants, représentant 249 familles distinctes. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les enfants de la requérante sont âgés respectivement de 16 ans et 14 ans et que le rapport médical, daté du 7 novembre 2022, établi par un médecin spécialiste en chirurgie carcinologique de Tunis, que produit Mme C mentionne qu'elle a subi une mammectomie en 2011 et a suivi un traitement par chimiothérapie radiothérapie et hormonothérapie pendant 5 ans et que le dernier contrôle clinique et radiologique remonte au 25 septembre 2017, or la requérante n'établit ni même n'allègue qu'elle serait à nouveau suivie pour ce cancer. Dès lors, et nonobstant les rigueurs climatiques actuelles, elle n'établit pas qu'elle se trouverait dans une situation de détresse médicale, psychique ou sociale qui entrainerait des conséquences d'une particulière gravité. Enfin, si Mme C fait valoir qu'elle a vainement tenté de joindre les services du 115, l'historique de ses appels fait apparaitre qu'ils n'ont débuté que le 4 décembre 2022, date de son entrée sur le territoire français. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en n'offrant pas une solution stable dans le cadre de l'hébergement d'urgence sollicité.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C, épouse F, est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse F, et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 15 décembre 2022.

Le juge des référés,

Y. D

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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