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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225673

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225673

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTHOMINETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2022, M. A D, retenu an centre de rétention administrative de Paris, représenté par Me Thominette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des décisions prises dans leur ensemble :

- le préfet a méconnu son droit à être entendu ;

- il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète au cours de la procédure.

S'agissant de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du Maroc :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- l'auteur de l'acte était incompétent pour le signer ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois :

- la décision est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation particulière ;

- la décision d'éloignement sur le fondement de laquelle la décision a été prise est illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le 15 décembre 2022, le préfet de police, a produit des pièces à l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les observations orales de Me Thominette, avocat de M. A D,

- les observations de M. A D, assisté par M. B, interprète en langue arabe.

- et les observations orales de Me Faugeras, avocat du préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain né le 1er janvier 1985, demande l'annulation de l'arrêté du 11 décembre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné ainsi que l'arrêté par lequel le préfet a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois.

Sur les décisions prises dans leur ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2022-707 du 3 octobre 2022, le préfet de police a donné à M. C E, attaché de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, M. A D fait valoir qu'il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète pendant la procédure. Toutefois, il ressort des procès-verbaux de ses auditions par les services de police produits à l'instance, qu'il a répondu avec pertinence aux questions qui lui étaient posées et n'a jamais indiqué de ne pas parler le français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière ou qu'il lui a été irrégulièrement notifié.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Toutefois, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-383/13 du 10 septembre 2013, selon le droit de l'Union, une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent. Pour qu'une telle illégalité soit constatée, il incombe ainsi au juge national de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, les irrégularités procédurales ont effectivement privé celui qui les invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

5. M. A D, qui affirme ne pas avoir été informé qu'il pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire lors de sa garde-à-vue, soutient que, s'il avait été en mesure de s'exprimer préalablement à l'adoption de la décision, il aurait pu faire valoir qu'il suit une formation de pâtissier, qu'il souhaite faire une demande d'autorisation de travail et qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, avec laquelle il projette de se marier. Toutefois, à l'appui de ces allégations, le requérant ne produit qu'une attestation d'hébergement établie par sa concubine alléguée, tandis qu'il ne produit aucune pièce permettant d'établir qu'il vivrait en France depuis avant juillet 2022, début de son contrat avec la boulangerie Ar-Razzaq. Par suite, dès lors que ces éléments ne démontrent pas des liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France et que le requérant ne justifie donc d'aucune circonstance qui aurait pu conduire à l'adoption d'une décision différente, le moyen doit être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à destination du Maroc :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ", aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

7. L'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ainsi, alors même qu'il n'expose pas tous les éléments relatifs à la situation individuelle de M. A D, il est suffisamment motivé. Il vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel il a été pris et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 et indique les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A D, notamment la circonstance que l'intéressé est dépourvu de document de voyage passeport en cours de validité et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Il relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé, qui se déclare célibataire et sans charge de famille, et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté précise que, pour refuser à M. A D le bénéfice de l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur le motif que le comportement de l'intéressé, qui a été signalé par les services de police le 10 décembre 2022 pour des faits de mise en danger de la vie d'autrui, constitue une menace pour l'ordre public, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de de quitter le territoire français, et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective ou permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste la prise en compte par le préfet de police au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ()". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. "

9. Il ressort des termes de la décision que le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai à l'encontre de M. A D en raison de ce qu'il a été signalé par les services de police le 10 décembre 2022 pour des faits mise en danger de la vie d'autrui, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité de titre de séjour, qu'il ne peut présenter des document d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de de quitter le territoire français et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Dès lors que la situation professionnelle dont se prévaut le requérant est récente, que sa domiciliation est instable et qu'il ne produit aucune pièce étayant la réalité de l'affection respiratoire qu'il allègue, et quand bien-même aucunes poursuites n'auraient été engagées à son encontre, le préfet pouvait prononcer une obligation de quitter le territoire français sans délai sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit, par suite, être écarté, ainsi que le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 7 que la décision fixant le pays de destination comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque donc en fait.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En l'espèce, l'intéressé ne fait état d'aucun élément justifiant qu'il serait personnellement exposé à des risques graves en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois :

14. En premier lieu, dès lors que les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise à l'encontre de M. A D ont été écartés, ce dernier n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

15. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue le fondement légal de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois et énumère les différents critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté mentionne que le comportement de l'intéressé, qui a été signalé par les services de police le 10 décembre 2022 pour des faits de mise en danger de la vie d'autrui, constitue une menace pour l'ordre public. Il relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de police au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

17. Eu égard à ce qui a été mentionné aux points 3 et 7, et aux circonstance dans lesquels M. A D a été interpellé, telles qu'elles sont décrites dans la fiche d'interpellation produite par le préfet, le requérant ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient que ne soit pas prononcée une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, le préfet de police a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 11 décembre 2022. Par voie de conséquence, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A D et au préfet de police.

Lu en audience publique le 23 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

M. FLe greffier,

N. DUPOUY

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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