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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225708

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225708

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225708
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2022, Mme E A agissant en son nom personnel et au nom de ses trois enfants mineurs, I B A, M. H A et M. D G A, représentée par Me Djemaoun, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de la prendre en charge ainsi que ses enfants, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie compte tenu des conditions climatiques actuelles alors qu'elle vit à la rue depuis le 27 octobre 2022 avec ses trois enfants âgés de 15 ans, 13 ans et 10 ans, que l'un de ses fils a des problèmes de santé qui ont nécessité son hospitalisation, et de la saturation des hébergements d'urgence ;

- la carence de l'administration à leur proposer un logement porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit à l'hébergement d'urgence, l'intérêt supérieur de l'enfant et le principe de dignité de la personne humaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucune carence caractérisée constitutive d'une atteinte à une liberté fondamentale ne peut être reprochée à l'Etat compte tenu, d'une part, de la saturation du dispositif régional d'hébergement d'urgence alors que l'Etat a mis en place des moyens structurels très importants et, d'autre part, de ce que la requérante ne fournit aucune indication sur la situation relative à l'hébergement de sa famille entre son arrivée en France en 2016 et son premier appel au 115 le 18 août 2022, de ce que son enfant D a été hospitalisé pour la dernière fois en il y a plus de 4 ans, de ce qu'elle ne fournit aucune précision quant à son handicap ne permettant pas d'établir sa vulnérabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 14 décembre 2022 en présence de M. Drai, greffier d'audience, M. F a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Djemaoun, représentant Mme C

- les observations de Me Gorse, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Mme A, de nationalité ivoirienne, fait valoir qu'elle est sans abri et vit à la rue avec ses trois enfants âgés de 10 ans, 13 ans et 15 ans, qu'ils n'ont pas pu obtenir d'hébergement d'urgence malgré de très nombreux appels au 115, qu'ils sont dans une situation de grande vulnérabilité du fait de son handicap et de la maladie de son fils D G, âgé de 15 ans. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si le jeune D G a été opéré d'un lymphangiome macrokystique cervico-facial au mois de juillet 2018 et qu'il souffre d'une tuméfaction sous-mandibulaire droite, les certificats médicaux ultérieurs, dont le dernier est daté du 9 janvier 2019, ne font état que de la poursuite d'un traitement médicamenteux et de la nécessité d'un suivi. Il résulte également des déclarations faites à l'audience par Mme A, que son handicap a un retentissement sur la marche mais ne l'empêche pas d'exercer une activité professionnelle, qu'elle est employée depuis deux semaines par l'association Emmaüs, qu'elle a un fils âgé de 20 ans qui vit à Villejuif et que le père de ses enfants est également en région parisienne et maintient des liens avec au moins le plus jeune des enfants. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme pouvant bénéficier de solutions d'hébergement alternatives provisoires pour elle et ses enfants. Par suite, elle n'établit pas qu'elle serait dans une situation d'urgence extrême au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 15 décembre 2022.

Le juge des référés,

Y. F

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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