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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225753

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225753

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225753
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2022, Mme A B, représentée par

Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a retiré ses titres de séjour valables du 18 avril 2014 au 1er août 2020 et a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7, de l'article L. 423-23, ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou au titre de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ; ou un titre de séjour " salarié " sur le fondement de l'article L435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de lui enjoindre de saisir la commission du titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, de lui enjoindre de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté contesté :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- est entaché d'une erreur de droit : elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; même à supposer qu'une fraude ait été commise, les considérations relatives à l'ordre public doivent être conciliée avec son droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'article L. 313-11 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (désormais recodifié à l'article L.423-7) a été méconnu ; elle est mère d'un enfant français à l'entretien et à l'éducation duquel elle justifie contribuer ;

- l'article L. 313-11 7° de ce code (désormais recodifié à l'article L.423-23) et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus ; elle est intégrée professionnellement et socialement ; le centre de ses intérêts matériels et familiaux se trouve en France ;

- l'article L. 313-14 (désormais recodifié à l'article L.312-2) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; elle réside en France de manière habituelle depuis plus de dix ans ; la commission du titre de séjour aurait donc dû être saisie ; elle justifie de motifs exceptionnels, compte tenu de la durée de son séjour et de son intégration professionnelle et sociale ; elle justifie également de considérations humanitaires, eu égard à sa situation familiale ;

- l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant a été méconnu ; son enfant est scolarisé et l'arrêté attaqué implique la séparation de son enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences pour sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête n°2225751 par laquelle Mme B a demandé la suspension de l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Abdat,

- et les observations de Me Prestitge, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise née le 16 juillet 1992, entrée en France en 2011 selon ses déclarations, a bénéficié de titres de séjour depuis avril 2014 au titre de la protection subsidiaire et en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle valable du

2 août 2018 au 1er août 2020, en affirmant être ressortissante guinéenne. Etant mère d'un enfant français né le 6 janvier 2019, elle a sollicité un changement de statut en vue d'obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et a présenté un passeport, un certificat de nationalité et un acte de naissance établis par les autorités sénégalaises datant de 2017 et 2018. Le préfet de police a considéré qu'en faisant initialement état d'une nationalité guinéenne afin d'induire l'administration en erreur, la requérante avait commis une fraude et a donc prononcé, à l'issue d'une procédure contradictoire, le retrait de ses titres de séjour depuis 2014. Il a également rejeté la demande de changement de statut présentée par la requérante. Par une requête enregistrée le 13 décembre 2022, Mme B a demandé au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel le préfet de police a retiré ses titres de séjour valables du 18 avril 2014 au 1er août 2020 et refusé son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une ordonnance du 3 janvier 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu cet arrêté en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", a enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans l'attente et jusqu'à la notification du jugement au fond, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant du retrait des titres de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ".

3. Le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. L'administration doit cependant rapporter la preuve de la fraude, et non le requérant, dont la bonne foi se présume. En l'espèce, il est constant que Mme B a déclaré être de nationalité guinéenne pour obtenir la protection subsidiaire et que, lors de sa demande de changement de statut en vue d'obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, elle a présenté des documents émanant des autorités sénégalaises, établissant sa nationalité sénégalaise. Mme B a confirmé ces faits durant l'audience du 3 janvier 2023 relative à la procédure de référé n° 2225751. Dès lors, le préfet de police pouvait, sur ce seul motif, décider de retirer les titres de séjour indûment délivrés à l'intéressée entre 2014 et 2020.

S'agissant du refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L.432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer à la requérante une carte de séjour, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que ses précédents titres de séjour avaient été obtenus par fraude. Toutefois, il est constant que Mme B réside régulièrement en France depuis le 18 avril 2014 sous couvert de titres de séjour " vie privée et familiale " en qualité de bénéficiaire d'une protection subsidiaire obtenue par arrêt de la Cour nationale du droit d'asile en date du 13 juin 2013, soit depuis plus de neuf ans, qu'elle est la mère d'un enfant français, reconnu par son père de nationalité française, né le 6 janvier 2019, avec lequel elle vit depuis sa naissance et à l'entretien et l'éducation duquel elle établit contribuer, scolarisé en classe maternelle de petite section, et qu'elle exerce une activité professionnelle stable depuis 2013. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2022 en tant qu'elle porte refus de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 14 octobre 2022 est annulé en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

La rapporteure,

G. ABDAT

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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