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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225767

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225767

jeudi 2 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme H... visant à annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 portant tableau d'avancement à l'échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique. La juridiction a jugé que la signature de l'arrêté par la cheffe de service était régulière, en application de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature. Elle a également estimé que les critères d'avancement, définis par l'article 15 du décret du 30 décembre 1992 et l'article L. 522-8 du code général de la fonction publique, n'avaient pas été méconnus et qu'aucune erreur manifeste d'appréciation n'était caractérisée dans le choix des candidats.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2022, Mme I... H... demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 18 juillet 2022 portant tableau d’avancement à l’échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique au titre de l’année 2022, ainsi que les décisions nommant M. B..., Mme D..., M. K..., M. L... à l’échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique ;

2°) d’enjoindre au ministre chargé de la santé d’établir un nouveau tableau d’avancement à l’échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique au titre de l’année 2022 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Elle soutient que :
- l’arrêté portant tableau d’avancement est entaché d’un vice d’incompétence ;
- cet arrêté est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- il est entaché d’erreur de droit dès lors qu’il a été fait application de lignes directrices de gestion ayant retenu des critères étrangers aux mérites professionnels ;
- le principe d’égalité a été méconnu ;
- les décisions de nomination sont illégales par voie de conséquence de l’illégalité de l’arrêté portant tableau d’avancement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, Mme D... conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2025, la ministre du travail, de la santé, des solidarités et de la famille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- les conclusions tendant à l’annulation des décisions de nomination sont irrecevables dès lors qu’elles sont tardives ;
- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 92-1432 du 30 décembre 1992 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Maréchal,
- et les conclusions de Mme Kanté, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme H..., pharmacienne générale de santé publique, a sollicité son avancement à l’échelon spécial de ce grade. Par un arrêté du 18 juillet 2022, le ministre chargé de la santé a établi le tableau d’avancement à cet échelon spécial au titre de l’année 2022 et n’a pas inscrit Mme H.... Cette dernière a exercé un recours gracieux, qui a été rejeté par une décision du 17 octobre 2022. Mme H... demande l’annulation de l’arrêté du 18 juillet 2022 ainsi que des décisions d’avancement d’échelon prises sur son fondement.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne l’arrêté du 18 juillet 2022 portant tableau d’avancement :

2. En premier lieu, l’article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement dispose que : « A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions (…) peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 2° (…) Les chefs de service (…) ».

3. Mme F... a été nommée cheffe du service « transformation numérique et gestion de proximité » au sein de la direction des ressources humaines des ministères sociaux par un arrêté du 15 janvier 2021, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 17 janvier 2021, pour une durée de trois ans. En vertu du I de l’article 2 de l’arrêté du 30 décembre 2019 portant organisation de la direction des ressources humaines, « Le service de la transformation numérique et de la gestion de proximité (…) / assure la gestion individuelle et collective des ressources humaines (…) ». Conformément aux dispositions citées au point précédent, Mme F... était dès lors compétente pour signer l’arrêté attaqué. Le moyen tiré de son incompétence doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 522-8 du code général de la fonction publique : « Les statuts particuliers des corps de la fonction publique de l'Etat peuvent prévoir des échelons spéciaux dont l'accès peut être contingenté selon des conditions particulières ». Aux termes de l’article 15 du décret du 30 décembre 1992 relatif au statut particulier des pharmaciens inspecteurs de santé publique, alors en vigueur : « Peuvent accéder à l'échelon spécial de leur grade les pharmaciens généraux de santé publique justifiant, au 31 décembre de l'année au titre de laquelle le tableau d'avancement est établi, d'au moins trois ans d'ancienneté dans le 3e échelon de leur grade et : / 1° Soit de six années de détachement dans un ou plusieurs emplois culminant au moins en HED ; / 2° Soit de huit années de services en qualité de pharmacien inspecteur régional ou interrégional ou de conseiller sanitaire de zone ou de détachement dans un ou plusieurs corps ou emplois culminant au moins en HEC. / Les services accomplis dans les emplois mentionnés au 1° sont pris en compte pour le calcul des huit années requises au titre du 2°. / Dans la limite de 20 % du nombre des nominations annuelles, peuvent également être inscrits au tableau d'avancement à l'échelon spécial les pharmaciens généraux de santé publique ayant atteint le 3e échelon de leur grade qui ont fait preuve d'une valeur professionnelle exceptionnelle. / Il est tenu compte, pour le classement à l'échelon spécial, du chevron et de l'ancienneté que l'agent a atteint dans l'emploi mentionné au 1° pendant les deux années précédentes. / Le nombre de pharmaciens inspecteurs relevant de l'échelon spécial ne peut être supérieur à un pourcentage des effectifs des pharmaciens généraux de santé publique. Ce pourcentage est fixé par arrêté conjoint des ministres chargés de la santé, de la fonction publique et du budget ».

5. Aux termes de l’article L. 413-1 du code général de la fonction publique : « Les lignes directrices de gestion déterminent la stratégie pluriannuelle de pilotage de ressources humaines, notamment en matière de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. / Elles fixent les orientations générales en matière de promotion et de valorisation des parcours des agents publics, sans préjudice du pouvoir général d'appréciation de l'autorité compétente en fonction des situations individuelles, des circonstances ou d'un motif d'intérêt général ».

6. Les lignes directrices de gestion établies par le ministre chargé de la santé sur le fondement des dispositions citées au point 5, qui peuvent être mobilisées pour l’établissement du tableau d’avancement institué par les dispositions citées au point 4, ont prévu qu’il appartenait à l’administration de calculer le « droit à promotion de chaque entité », qui permet de déterminer le nombre théorique d’agents susceptibles d’être inscrits sur le tableau d’avancement pour chacun des services. Cette méthode, consistant à restreindre les propositions d’avancement par les chefs de service, ne présente pas en elle-même un caractère illégal. A cet égard, il ressort de ces mêmes lignes directrices de gestion que les chefs de service ont la possibilité, compte tenu des mérites des agents, de proposer à l’avancement un nombre d’agents plus important que ceux déterminés par les « droits à promotion ». Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la ministre aurait refusé d’inscrire des agents au motif que le service auquel ils appartiennent ne disposaient pas suffisamment de « droits à promotion ». Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué ferait application de lignes directrice de gestion illégales, en ce qu’elles institueraient un critère d’avancement distinct des mérites professionnels, doit être écarté.

7. En troisième lieu, la requérante précise qu’elle ne saurait « nier l’investissement professionnel de [s]es collègues figurant sur ce tableau d’avancement ». Il ne ressort dès lors pas des pièces du dossier que la ministre chargée de la santé aurait entaché son arrêté d’une erreur manifeste dans l’appréciation des mérites des quatre agents inscrits par rapport aux mérites de Mme H....

8. En dernier lieu, si la requérante soutient que « le fait de ne promouvoir que des agents ayant exercé des fonctions de pharmacien inspecteur régional à une période de leur carrière très antérieure à leur année de promotion me parait bafouer le principe d’égalité de traitement entre les fonctionnaires d’un même corps », il résulte des dispositions citées au point 4 qu’avoir exercé les fonctions de pharmacien inspecteur régional ne constitue qu’une condition alternative, de sorte que l’avancement n’est pas réservé à ces seuls agents. Ce moyen, tiré de la méconnaissance du principe d’égalité, doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne les décisions de nomination :

9. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme H... n’est pas fondée à soutenir que les arrêtés individuels d’avancement d’échelon seraient illégaux par voie d’exception de l’illégalité de l’arrêté portant tableau d’avancement.

10. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme H... doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d’annulation présentées par la requérante, n’appelle, par lui-même, aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction doivent être rejetées.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme H... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme I... H..., à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, à M. C... B..., à Mme E... D..., à M. J... K... et à M. A... L....


Délibéré après l’audience du 26 février 2026 à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,
M. Maréchal, premier conseiller,
M. Tanzarella Hartmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.

Le rapporteur,




M. MaréchalLe président,




S. DavesneLa greffière,




V. Lagrède

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

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