Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête en annulation des délibérations du 11 juillet 2022 de l'université Paris Dauphine-PSL concernant son nouveau régime indemnitaire et son référentiel des équivalences horaires. La juridiction retient l'irrecevabilité du recours pour tardiveté, celui-ci ayant été introduit au-delà du délai de deux mois à compter de la publication des actes attaqués, en l'occurrence les 12 et 18 juillet 2022. Le tribunal applique les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative sur les délais de recours et écarte l'argument des requérants selon lequel une saisine préalable du chancelier des universités aurait prorogé ce délai.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 décembre 2022 et 17 mai 2024, M. A... C... et Mme B... D... demandent au tribunal :
1°) d’annuler les délibérations du 11 juillet 2022 par lesquelles le conseil d’administration de l’université Paris Dauphine-PSL a approuvé le nouveau régime indemnitaire des personnels enseignants et chercheurs ainsi que le référentiel des équivalences horaires ;
2°) d’enjoindre au président de l’université Paris Dauphine-PSL « de mettre en place des dispositifs conformes à la réglementation », « au besoin assorti d’une astreinte » ;
Ils soutiennent que :
- le comité technique s’est irrégulièrement prononcé dès lors qu’il a été saisi d’un projet d’ensemble concernant tant le nouveau régime indemnitaire que le référentiel des équivalences horaires ;
- le comité technique s’est irrégulièrement prononcé dès lors que ses membres n’ont pas été suffisamment informés ;
- le droit à la négociation collective prévu à l’article L. 225-1 du code général de la fonction publique a été méconnu dès lors que le comité technique et le conseil d’administration se sont prononcés sans attendre la tenue de la réunion visant à déterminer si les conditions d'ouverture d'une négociation étaient réunies ;
- le principe de clarté et d’intelligibilité a été méconnu ;
- le conseil d’administration a entaché sa délibération d’incompétence négative en renvoyant à d’autres autorités le soin de fixer des dispositions relevant de sa compétence ;
- le principe d’égalité a été méconnu ;
- la composition de la commission d’innovation pédagogique instituée par la délibération attaquée est irrégulière et ses attributions sont illégales ;
- la détermination de la modulation des directeurs de département est entachée d’une erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, l’université Paris Dauphine-PSL, représentée par la SCP Hannotin avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu’elle est tardive ;
- la requête est irrecevable en l’absence d’intérêt à agir des requérants ;
- la requête est irrecevable dès lors qu’elle est dépourvue de conclusions ;
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le décret n° 2021-1895 du 29 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Maréchal,
- et les conclusions de Mme Kanté, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la publication du décret du 29 décembre 2021 portant création du régime indemnitaire des personnels enseignants et chercheurs, l’université Paris Dauphine-PSL a notamment élaboré un projet de mise en œuvre de l’indemnité liée à l’exercice de certaines fonctions et responsabilités particulières. Saisi pour avis de ce projet, le conseil d’administration de l’université, le 11 juillet 2022, s’est d’abord prononcé en formation restreinte sur « l’évolution du référentiel des équivalences horaires », puis s’est prononcé, en formation plénière sur l’ensemble du dispositif. M. C... et Mme D..., enseignants au sein de cette université et représentants du personnel, demandent l’annulation de ces délibérations du 11 juillet 2022.
Sur les conclusions présentées par les requérants :
2. Aux termes du second alinéa de l’article L. 719-7 du code de l’éducation : « Le chancelier peut saisir le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation des décisions ou délibérations des autorités de ces établissements qui lui paraissent entachées d'illégalité. Le tribunal statue d'urgence. Au cas où l'exécution de la mesure attaquée serait de nature à porter gravement atteinte au fonctionnement de l'établissement, le chancelier peut en suspendre l'application pour un délai de trois mois ».
3. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (…) ».
4. D’une part, les dispositions citées au point 2 ne prévoient pas la possibilité pour une personne intéressée de saisir le chancelier des universités afin qu’il mette en œuvre la procédure spécifique qu’elles instituent. D’autre part, cette saisine ne peut être regardée comme un recours hiérarchique en l’absence de pouvoir d’annulation ou de réformation du chancelier sur les décisions de l’université. Une telle saisine ne saurait dès lors avoir pour effet de proroger le délai de recours contentieux.
5. Il ressort des mentions, non contestées par les requérants, qui sont portées sur la délibération relative à « la mise en œuvre de la prime fonctionnelle édictée par le décret n° 2021-1895 du 29 décembre 2021 portant création du régime indemnitaire des personnels enseignants et chercheurs », laquelle comporte notamment « l’évolution du référentiel des équivalences horaires », que cette délibération a été publiée le 12 juillet 2022. Le document « référentiel des équivalences horaires », ainsi approuvé par le conseil d’administration, a en outre fait l’objet d’une publication spécifique le 18 juillet 2022. Dès lors que la saisine du chancelier de l’université n’a pas prorogé le délai de recours contentieux, la requête enregistrée le 13 décembre 2022, introduite au-delà du délai de deux mois, était tardive. Par suite, ainsi que le fait valoir l’université, la requête présentée par M. C... et Mme D... est irrecevable et doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
6. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge des requérants la somme que demande l’université Paris Dauphine-PSL au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... et de Mme D... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l’université Paris Dauphine-PSL au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à Mme B... D... et à l’université Paris Dauphine-PSL.
Copie en sera adressée au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.
Délibéré après l’audience du 12 février 2026 à laquelle siégeaient :
M. Davesne, président,
M. Maréchal, premier conseiller,
M. Tanzarella Hartmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.
Le rapporteur,
M. MaréchalLe président,
S. DavesneLa greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.