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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225905

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225905

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225905
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET SELARL AVOCAT CHAVKHALOV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, M. A, représenté par Me Chavkhalov, demande au juge des référés :

1°) de prononcer son admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur, alors, l'a assigné à résidence et la décision du 5 août 2021 par laquelle cette même autorité a refusé d'abroger la décision d'assignation à résidence ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à l'abrogation de la décision du 29 janvier 2021, dans un délai d'une semaine et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification de l'ordonnance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à son avocat sous réserve de la part de ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'urgence requise des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est, en l'espèce, présumée et est justifiée dès lors que depuis le 30 novembre 2022, date à laquelle un arrêt de la cour européenne des droits de l'homme jugeant que son expulsion à destination de la Fédération de Russie violerait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est devenu définitif, son éloignement ne peut plus intervenir et, en outre, compte tenu de la lourdeur des mesures de contrôle du respect de cette assignation qui lui sont imposées par l'article 2 de la décision contestée ;

- cette décision porte atteinte à la liberté d'aller et venir ;

- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir au vu des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que depuis le 30 novembre 2022, date à laquelle la cour européenne des droits de l'homme a jugé définitivement que son expulsion à destination de la Fédération de Russie violerait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'existe plus de perspective de l'éloigner du territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

1. Par une décision du 29 janvier 2021 le ministre de l'intérieur, alors, a assigné M. A à résidence, ce dernier faisant l'objet, en outre, d'une décision d'expulsion du territoire français prise à son encontre par la même autorité le 21 octobre 2020. Après que M. A eut demandé, en vain, au juges des référés du tribunal administratif de Paris la suspension de l'exécution de cette décision d'expulsion puis à ce même tribunal son annulation, il a saisi la cour européenne des droits de l'homme, le 8 janvier 2021, d'une demande de mesure provisoire en vertu de l'article 39 du règlement de cette juridiction en vue de l'interruption provisoire de la procédure d'éloignement engagée à son encontre. Par un arrêt du 30 août 2022, devenu définitif le 30 novembre suivant, en application de l'article 44 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aucune des partie n'ayant demandé le renvoi de l'affaire devant la Grande Chambre, la cour européenne des droits de l'homme a jugé qu'" il y aurait violation de l'article 3 de la Convention en cas d'expulsion du requérant vers la Fédération de Russie ". Au vu de cette décision, M. A qui fait valoir que son expulsion du territoire français ne peut plus intervenir et qu'il n'existe plus aucune perspective d'éloignement, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 de suspendre l'exécution de la décision d'assignation à résidence dont il fait l'objet.

Sur le bénéfice de l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions principales de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".L 'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, () qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

4. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, substitué depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 523-3 : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion () ". Aux termes de l'article L. 732-2 de ce code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire prononcée en tout point du territoire de la République peut, quel que soit l'endroit où il se trouve, être assigné à résidence dans des lieux choisis par l'autorité administrative sur l'ensemble du territoire de la République. ".

5. Il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur, alors, par sa décision attaquée du 29 janvier 2021 a décidé l'assignation à résidence de M. A en vue de l'exécution de l'arrêté d'expulsion pris à son encontre le 21 octobre 2020, sur le fondement de l'article L. 523-3, dans sa numérotation alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimant que cette expulsion, pour les motifs exposés dans cette décision et qui ne sont pas contestés dans la présente instance, constituait une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la situation du requérant, que l'autorité administrative peut lorsque l'étranger visé par une mesure d'expulsion ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, prendre à son encontre une mesure d'assignation à résidence. Ainsi, alors même, comme il a déjà été dit, que la cour européenne des droits de l'homme, par un arrêt désormais définitif, a jugé que l'expulsion du requérant à destination de la Fédération de Russie violerait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et alors même qu'il ne résulte d'aucune pièce du dossier que M. A pourrait se rendre légalement dans un autre pays que son pays d'origine, l'autorité administrative en prenant la décision attaquée ne porte pas une atteinte manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de M. A et, eu égard aux motifs retenu pour prendre l'arrêté d'expulsion auxquels se réfère la décision d'assignation à résidence, l'atteinte portée à la liberté d'aller et venir de M. A, qui ne constitue pas en elle-même une illégalité, ne constitue pas davantage une atteinte grave à la liberté d'aller et venir.

6. La circonstance, en outre, et en tout état de cause, qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'est pas de nature, à elle seule, à caractériser l'existence d'une situation d'urgence particulière au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, laquelle, contrairement à ce que soutient M. A n'est pas présumée. Il lui appartient en conséquence de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une mesure provisoire visant à sauvegarder une liberté fondamentale.

7. M. A fait valoir que les mesures de contrôles du respect de l'assignation à résidence dont il fait l'objet sont très lourdes dès lors qu'en vertu de l'article 2 de la décision attaquée du 29 janvier 2021, il est obligé de représenter tous les jours à 9 heures, 14 heures 30 et 18 heures 45, y compris les dimanches, les jours fériés et les jours chômés, au commissariat de police de la ville d'Orléans, qu'il ne peut rejoindre qu'au moyen des transports publics. Il fait valoir que le temps de trajet à l'aller comme au retour entre son domicile et ce commissariat est de 40 minutes et que ces trajets représentent un coût quotidien de plus de 10 euros, enfin, que ces contraintes nuisent à sa santé, ainsi que l'a attesté un médecin généraliste par un certificat établi le 21 juillet 2022. Toutefois, compte tenu des motifs pour lesquels a été prise la décision d'assignation à résidence attaquée et compte tenu du délai de plus d'un an et demi qui s'est écoulé depuis le 19 mars 2021, date depuis laquelle, selon ses écritures, M. A est soumis aux obligations que lui impose cette décision, l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, n'est pas caractérisée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, qui, s'il s'y croit fondé, dispose de la faculté de demander au ministre de l'intérieur et des outre-mer un aménagement des obligations liées au contrôle du respect de son assignation à résidence, doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et à Me Chavkhalov.

Copie de l'ordonnance sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer (DLPAJ)

Fait à Paris, le 16 décembre 2022.

Le juge des référés,

J.-F. C.

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