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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226301

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226301

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Sultan-Danino, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour et une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'est pas subordonnée à la détention d'un visa long séjour ;

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français violent les stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elles violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante ne verse aucun élément de nature à démonter qu'elle ne dispose pas de ressources financière propre ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Sultan-Danino avocate de Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissant algérienne née le 22 février 1945 et entrée en France le 25 février 2022 munie de son passeport revêtu d'un visa " Schengen ", a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'ascendante à charge de français sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du

21 novembre 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " () / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / () / b) () aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ; () ". L'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence au bénéfice d'un ressortissant algérien qui fait état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

3. D'une part, il ressort de l'ensemble des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que pour refuser de délivrer un certificat de résidence à Mme A sur le fondement de ces stipulations de l'article 7 bis, le préfet de police s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle ne justifiait pas être à la charge de ses deux enfants français dès lors qu'elle était en France sous couvert d'un visa " ascendant non à charge " n'excédant pas quatre-vingt-dix jours et qu'elle ne disposait donc pas d'un visa long séjour " ascendant à charge ". Toutefois, s'il résulte des stipulations combinées des articles 9 et 7 bis de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 que la délivrance d'un certificat de résidence valable dix ans est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour, aucune de ces stipulations, ni aucune autre, n'exigent que ce visa soit délivré à un titre particulier, et notamment au titre d'" ascendant non à charge " dans le cas d'une demande fondée sur les stipulations du b) de l'article 7 bis. Par ailleurs, aucune des stipulations de cet accord ne font obstacle à ce qu'un ressortissant algérien sollicite la délivrance d'un certificat de résidence sur un fondement autre que celui sur lequel son visa lui a été délivré. Dès lors, Mme A est fondée à soutenir qu'en rejetant sa demande de certificat de résidence, le préfet de police a commis une erreur de droit dans l'application des stipulations combinées du b) l'article 7 bis et de l'article 9 de l'accord franco-algérien.

4. D'autre part, si le préfet de police a également relevé que Mme A n'était pas démunie de ressources personnelles dès lors qu'elle disposait d'une pension de retraite, ce qui ressort effectivement des pièces du dossier et n'est pas contesté par la requérante, il ne résulte pas de l'instruction, compte tenu de l'économie générale de son arrêté et de ses écritures en défense, qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif.

5. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 novembre 2022 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de certificat de résidence, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique seulement que la demande de titre de séjour de Mme A soit réexaminée. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 21 novembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;

- M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le président-rapporteur,

H. C

L'assesseure la plus ancienne,

N. Marik-Descoings La greffière,

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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