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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226333

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226333

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantBOURRET MENDEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 20 décembre 2022 et le 16 février 2023, M. A B, représenté par Me Bourret Mendel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police de Paris du 31 août 2022 rejetant sa demande de renouvellement de son certificat de résidence, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quarante-huit heures sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Bourret Mendel, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et prononçant une obligation de quitter le territoire français ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles méconnaissent les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 7 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 25 mars 1966 et entré en France le 1er décembre 2019 selon ses déclarations, a bénéficié d'un certificat de résidence pour des motifs médicaux dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 31 août 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00999 du 19 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le 22 août 2022, le préfet de police a donné délégation à Mme C, attachée d'administration de l'Etat, placée sous l'autorité de la cheffe du 9ème bureau, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays (). ". En vertu de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et applicable aux demandes de titre de séjour présentées par des ressortissant algériens : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale (), sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine. ".

4. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence de M. B, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dans son avis du 16 août 2022, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci n'était pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risques vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical établi le 25 avril 2022 par le professeur des universités en ophtalmologie de l'hôpital Cochin l'ayant opéré, que M. B a été opéré d'une cornée artificielle à l'œil droit le 23 mars 2022 et que son état de santé nécessite à ce titre un suivi et un traitement régulier. Par ailleurs, il ressort d'un certificat médical du 9 février 2023 établi par une psychologue, au demeurant postérieur à l'arrêté attaqué, qu'il souffre de " trouble de stress post-traumatique " lié à une agression subie dans le cadre de son travail en Algérie, et qu'il fait l'objet à ce titre d'une thérapie. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, et notamment d'aucun des documents médiaux produits, qui ne prennent pas parti sur ce point, que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de M. B serait susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou qu'il ne pourrait voyager sans risque vers l'Algérie. Par suite, le requérant, qui ne peut utilement se prévaloir de l'indisponibilité de son traitement et de son suivi en Algérie, n'est pas fondé à soutenir que préfet de police a fait une inexacte application des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

5. En dernier lieu, si M. B allègue que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français lui portent préjudice dès lors qu'il bénéficie d'un suivi dans un hôpital à proximité de son domicile et qu'il nécessite d'un suivi régulier et spécialisé à son état de santé, ces seules circonstances, compte tenu notamment de ce qui a été dit au point 4 et de ce que le requérant n'était présent sur le territoire français que depuis moins de trois ans à la date de l'arrêté, ne sont pas de nature à établir que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police de Paris et à Me Bourret Mendel.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président ;

- M. Matalon, premier conseiller ;

- M. Hémery, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le président-rapporteur,

H. D

L'assesseur le plus ancien,

D. Matalon La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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