vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2226464 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Loquès, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui proposer un hébergement dès notification de l'ordonnance à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) d'ordonner au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, de lui proposer un hébergement d'urgence dès notification de l'ordonnance à intervenir, et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- elle a demandé l'asile et est vulnérable car elle est enceinte de huit mois, si bien qu'elle doit se voir attribuer un hébergement au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, jusqu'à la date de son transfert vers l'Etat membre responsable de sa demande ; sa grossesse n'a pas été prise en compte par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration puisqu'aucun hébergement ne lui a été proposé ; le dispositif d'hébergement d'urgence (115) est saturé ; elle est donc contrainte de dormir dans la rue, alors que les conditions météorologiques hivernales sont difficiles ;
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile :
- la privation illégitime des conditions matérielles d'accueil constitue une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile ; cette atteinte est caractérisée en l'espèce, dans la mesure où elle est en situation de vulnérabilité en raison de sa grossesse ;
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence :
- en refusant de lui proposer un hébergement d'urgence alors qu'elle est enceinte et dans une situation de détresse sociale, le préfet porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'hébergement d'urgence ;
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine :
- elle ne survit que grâce à l'aide d'associations ; ainsi, en omettant de lui proposer un hébergement d'urgence, l'Etat porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa dignité humaine, protégée par l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie car Mme A ne l'a pas informé de sa grossesse et a indiqué, lors son entretien avec ses services, qu'elle était hébergée à titre gratuit chez un tiers ; la requérante ne lui a jamais fait part de son changement de situation ; elle doit donc être regardée comme s'étant elle-même placée dans la situation qu'elle dénonce au tribunal ; si aucun hébergement ne peut aujourd'hui lui être proposé compte tenu de la saturation du dispositif national d'accueil, son orientation est toutefois désormais classée comme prioritaire et il lui sera proposé une orientation nationale dans les meilleurs délais ; par ailleurs, la requérante perçoit l'allocation pour demandeur d'asile ; en outre, elle peut bénéficier de l'assistance du 115 et du département dans l'attente de son orientation ;
- l'atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile n'est pas caractérisée puisque la requérante ne lui a pas fait part de sa situation de vulnérabilité, ni fait part des changements relatifs à sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2022, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le juge des référés, saisi d'une demande d'hébergement sur deux fondements, doit examiner en priorité celui relatif aux conditions matérielles d'accueil prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que Mme A a déposé une demande d'asile ;
- la requérante n'a contacté le 115 qu'à quatre reprises depuis le 15 septembre 2022 et a raccroché pendant l'attente ou pendant la mise en contact avec le traducteur ;
- en dépit des importants moyens mis en œuvre par l'Etat, pour la seule journée du 21 décembre 2022 à Paris, 543 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée, dont 420 personnes en situation de famille avec enfants, dont 195 mineurs, ainsi que 59 femmes seules, dont certaines enceintes et qui ne disposent d'aucune autre solution que d'appeler le 115 pour obtenir un hébergement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n°2003/9/CE du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Grandillon, premier conseiller pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner, d'une part, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui proposer un hébergement et, d'autre part, au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, de lui proposer un hébergement d'urgence.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
Sur l'hébergement au titre des conditions matérielles d'accueil :
3. Aux termes de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ".
4. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Dans cette hypothèse, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier au regard de la situation du demandeur d'asile et en tenant compte des moyens dont dispose l'administration et des diligences qu'elle a déjà accomplies.
5. Mme A soutient qu'elle ne dispose pas d'un hébergement d'urgence au titre des conditions matérielles d'accueil dont bénéficient les demandeurs d'asile alors qu'elle est enceinte de huit mois, et donc vulnérable. Toutefois, l'OFII indique dans son mémoire en défense que lors de son entretien par ses services le 13 octobre 2022, Mme A s'est bornée à indiquer qu'elle suspectait être enceinte et a déclaré être hébergée chez un tiers à titre gracieux et pouvoir rester chez celui-ci. Il précise également qu'elle ne l'a jamais contacté pour lui faire part de sa grossesse et du fait qu'elle ne disposait plus d'une solution d'hébergement, alors qu'elle s'était pourtant engagée à le faire. Ainsi, faute d'avoir pris contact avec l'OFII pour l'informer de l'évolution de sa situation et solliciter un hébergement, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de l'urgence à se voir attribuer un hébergement en application des dispositions citées au point 3, d'autant qu'en défense, l'OFII, désormais alerté par sa situation, a indiqué prioriser son dossier et accomplir les diligences nécessaires pour lui proposer une orientation nationale dans les meilleurs délais. Pour les mêmes motifs, Mme A n'est pas plus fondée à se prévaloir que l'OFII aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile.
Sur l'hébergement d'urgence :
6. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". En vertu de l'article L. 345-2-2 du même code " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ".
7. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
8. D'une part, il résulte de ce qui a été indiqué aux points 3 à 5 qu'en sa qualité de demanderesse d'asile, Mme A pouvait bénéficier d'un hébergement en application de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais n'a fait aucune demande en ce sens auprès de l'OFII, ni ne l'a informé du fait qu'elle était enceinte, si bien qu'elle est à l'origine de la situation dans laquelle elle se trouve. En outre, et comme cela a également été indiqué plus haut, l'OFII a précisé dans son mémoire en défense qu'étant désormais alerté de sa situation, sa demande d'hébergement au titre des conditions matérielles d'accueil était priorisée en vue d'une orientation nationale. D'autre part, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris a indiqué dans son mémoire en défense que la requérante n'a tenté de contacter qu'à quatre reprises le 115, les 10 et 29 novembre et 18 et 21 décembre et a raccroché pendant l'attente ou pendant la mise en contact avec le traducteur, ce qu'elle ne conteste pas. Enfin, il est constant que malgré les efforts importants de l'administration pour accroitre les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et en dans la région d'Ile-de-France, ces capacités ne suffisent pas à satisfaire l'ensemble des demandes et que notamment, s'agissant de la seule journée du 21 décembre 2022, 543 ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 420 en situation de famille avec enfants, représentant 132 familles différentes, de même que 59 femmes seules dont plusieurs sont également enceinte et ne peuvent prétendre au bénéfice d'un hébergement autrement que par le 115. Ainsi, Mme A ne justifie pas d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas fondée à soutenir que l'Etat a, dans l'exercice de ses pouvoirs, porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de la requérante à bénéficier d'un hébergement d'urgence et, en tout état de cause, à sa dignité humaine.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : la requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de la santé et de la prévention.
Copies-en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 23 décembre 2022.
Le juge des référés,
J. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de la santé et de la prévention en ce qui les concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026