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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226490

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226490

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET GARCIA AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 21, 22 et 28 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Garcia, retenu au centre de rétention administrative Paris-Vincennes, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés des 20 et 21 décembre 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 21 décembre 2022 ne lui a pas été notifié, en méconnaissance du devoir de loyauté et du principe de sécurité qui incombent au préfet de police ;

- en prenant un second arrêté, le préfet a méconnu les droits de la défense ;

- en prenant deux arrêtés identiques à des dates très proches, le préfet de police a porté atteinte à sa liberté d'aller et venir ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, notamment au regard du fait qu'il est père d'un enfant en situation régulière sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de police, représenté par le cabinet Tomasi, qui a produit des pièces de procédure le 27 décembre 2022.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Garcia, pour M. A, et de Me Floret, pour le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gabonais, né en 1991, est actuellement retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes. Par la présente requête, il demande l'annulation des arrêtés des 20 et 21 décembre 2022 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Sur les arrêtés pris dans leur ensemble :

2. En premier lieu, M. A soutient que l'arrêté du 21 décembre 2022 ne lui a pas été notifié, en méconnaissance du devoir de loyauté et du principe de sécurité qui incombent au préfet de police. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté lui a bien été notifié, qu'il l'a signé et qu'il en a pris copie le jour même. À supposer que M. A ait entendu invoquer l'irrégularité de la notification de l'arrêté du 21 décembre 2022, qui lui a été notifié sans le truchement d'un interprète, contrairement à l'arrêté du 20 décembre 2022, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si M. A soutient que le préfet de police a méconnu les droits de la défense en prenant, le 21 décembre 2022, un second arrêté identique à celui qu'il avait pris le 20 décembre 2022, ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En dernier lieu, le requérant soutient qu'en prenant deux arrêtés identiques à des dates très proches, le préfet de police a porté atteinte à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi que le soutient sans être contesté le préfet à l'audience publique, que M. A n'a pas été placé en rétention après la notification du premier arrêté, mais seulement après celle du second, le 21 décembre. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En premier lieu, M. A soutient que la décision attaquée méconnaît ces stipulations, dès lors qu'il est entré sur le territoire français en 2008, qu'il vit depuis 2014 avec sa compagne titulaire d'un titre de séjour et qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation l'enfant qu'ils ont eu ensemble. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à établir l'exactitude matérielle de ces allégations. Il n'établit ainsi pas l'intensité, l'ancienneté et la stabilité d'une vie privée et familiale en France alors qu'au demeurant il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Au demeurant, il a été interpellé le 19 décembre 2022 pour des faits de cession de produits stupéfiants et il ressort du fichier automatisé des empreintes digitales produit en défense qu'il a été interpellé à neuf reprises depuis 2008, dans la plupart des cas pour des infractions à la législation sur les stupéfiants. Il s'est également soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français du 12 mai 2009. Ainsi, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision d'éloignement contestée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

7. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir l'exactitude matérielle de ses allégations relatives à l'existence d'une vie privée et familiale sur le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce que la décision attaquée serait contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant doivent être écartés.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant ne démontre pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, il ne ressort pas ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article

L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

14. M. A soutient qu'il n'existe aucun risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Toutefois, ainsi que l'a relevé le préfet, l'intéressé, qui s'est déjà soustrait à une telle décision du 12 mai 2009, n'est pas en mesure de présenter des documents de voyage ou d'identité en cours de validité. En outre, l'adresse dont il se prévaut dans sa requête, dans la commune de Sevran, pour laquelle il n'apporte aucun justificatif, est différente de celle située dans la commune d'Aulnay-sous-Bois qu'il a indiquée au brigadier de police qui l'a interrogé le 20 décembre 2022. Il ne justifie donc pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant ne démontre pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

19. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant ne démontre pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

21. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 28 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. C

La greffière,

N. DUPOUY

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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