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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226588

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226588

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDELIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le no 2226586 le 22 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Delimi, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 28 décembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation de son bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de la rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle n'a pas été en mesure de faire valoir ses observations ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- l'OFII s'est estimé en compétence liée ;

- elle ne peut être regardée comme ayant pris la fuite ;

- l'OFII n'a pas tenu compte de son état de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Le 6 février 2023, Mme B a présenté un mémoire qui n'a pas été communiqué.

II. Par une requête, enregistrée sous le no 2226588 le 22 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Delimi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles préfet de police a prolongé son délai de transfert aux autorités espagnoles, l'a placée en fuite et a refusé d'instruire sa demande d'asile en procédure normale ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'instruction de sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer un récépissé de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le préfet ne démontre pas avoir informé les autorités espagnoles de la prolongation de son délai de transfert ;

- la décision méconnait les dispositions du 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'elle ne peut être considérée comme ayant pris la fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Le 6 février 2023, Mme B a présenté un mémoire qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers modifié,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public,

- et les observations de Me Delimi, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante sénégalaise née le 6 septembre 2000, a sollicité son admission à l'asile le 19 avril 2022. Au cours de l'instruction de sa demande en procédure " Dublin ", il est ressorti de la consultation du système " Eurodac " que l'Espagne était le pays responsable de sa demande en application de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. La requérante a fait l'objet d'un arrêté de transfert le 19 avril 2022. Convoquée à l'aéroport pour l'exécution de sa mesure de transfert le 27 septembre 2022, la requérante ne s'y est pas présentée et a été déclarée en fuite.

2. Mme B déclare s'être rendue au guichet de la préfecture le 11 octobre 2022 pour demander l'instruction de sa demande d'asile en procédure normale, dès lors qu'à l'expiration du délai de six mois la France était devenue le pays responsable de sa demande d'asile. Un refus lui aurait été opposé au motif qu'elle avait été déclarée en fuite et que le délai de transfert avait été prolongé en application de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par la requête enregistrée sous le n° 2226588, Mme B demande l'annulation des décisions de prolongation de transfert, de placement en fuite et de refus d'instruction de sa demande d'asile en procédure normale.

3. Par ailleurs, le 4 novembre 2022 le directeur territorial l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris a notifié à l'intéressée son intention de mettre fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la requête enregistrée sous le n° 2226586, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 28 décembre 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Paris a prononcé la cessation de son bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la jonction :

4. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête n° 2226588 dirigée contre les décisions du préfet de police :

En ce qui concerne les décisions de prolongation de transfert et de placement en fuite :

6. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) 1560/2003 du 2 septembre 2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) no 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. ".

7. II résulte des dispositions citées au point 1 du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

8. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'Etat membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Il en va de même s'agissant du placement en fuite. Par suite, ainsi que le fait valoir le préfet de police en défense, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la prolongation du délai de transfert et du placement en fuite, qui sont dépourvues d'objet, sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision orale du 11 octobre 2022 refusant l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale :

9. Mme B ne soulève aucun moyen à l'encontre de cette décision, dont l'existence n'est au demeurant pas établie et qui, en tout état de cause, se bornerait à tirer les conséquences des décisions décidant son transfert aux autorités espagnoles et plaçant l'intéressée en fuite. Les conclusions dirigées à son encontre ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur la requête n° 2226586 dirigée contre la décision implicite de cessation des conditions matérielles d'accueil :

10. En premier lieu, Mme B soutient qu'elle n'a pas été mise en mesure de faire valoir ses observations. Toutefois, il ressort de la notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil du 4 novembre 2022, produite à l'instance par la requérante, que le directeur territorial de l'OFII de Paris a invité l'intéressée à lui faire parvenir ses observations dans un délai de quinze jours. Dès lors que la requérante ne produit aucun élément permettant de supposer qu'elle n'aurait pas été en mesure de produire lesdites observations, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ".

12. La requérante soutient que la notification d'intention de cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil du 4 novembre 2022 ne lui permet pas de comprendre les motifs de la décision attaquée. Toutefois, la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil est intervenue le 22 décembre 2022 et vise les textes applicables, notamment les article L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise en outre, qu'en s'abstenant de se rendre à l'aéroport le 27 septembre 2022, la requérante n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. La décision rappelle enfin qu'il a été tenu compte des besoins et de la situation personnelle et familiale de la requérante. La décision mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

13. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas examiné la situation personnelle de la requérante.

14. En quatrième lieu, la circonstance que l'OFII se serait approprié les éléments ayant motivé la prolongation du délai de transfert de Mme B n'est pas de nature à établir qu'il se serait senti lié par l'appréciation du préfet de police. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'OFII aurait méconnu sa compétence ou que la décision en litige aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.

15. En cinquième lieu, la requérante soutient que le 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité ne pouvait trouver à s'appliquer dès lors qu'elle ne pouvait être regardée comme étant en fuite. Toutefois, d'une part, il ressort des documents médicaux produits par la requérante que son enfant ne souffrait d'aucune affection justifiant qu'elle se rende aux urgences le jour de l'exécution de sa mesure de transfert. D'autre part, elle ne démontre pas qu'elle aurait avisé les autorités chargées du transfert des raisons pour lesquelles elle s'était trouvée dans l'impossibilité de se rendre à l'aéroport. Contrairement à ce que Mme B soutient, le seul refus de se présenter à l'embarquement, qui manifeste sa soustraction intentionnelle à l'exécution de son transfert, était de nature à caractériser sa fuite au sens de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013.

16. En dernier lieu, la requérante se prévaut de sa vulnérabilité pour soutenir que l'OFII ne pouvait prononcer la cessation de son bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, ses allégations ne sont étayées que par un courrier peu circonstancié établi par le Centre d'action social protestant. Par suite, dès lors que la requérante n'établit pas qu'elle se trouverait dans un état de vulnérabilité tel qu'il ferait obstacle à l'application du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, le moyen doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et, Mme B étant la partie perdante à l'instance, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions des requêtes de Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de police, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Delimi.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

Mme Roussier, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

Le rapporteur,

M. Théoleyre

Le président,

Y. Marino

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et au préfet de police en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2226586 et 2226588/6-

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