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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226600

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226600

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCHAMPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 22 décembre 2022 et 21 février 2023, Mme C A B, représenté par Me Champain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A B soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

-elle a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il appartient au préfet de police de justifier qu'il lui a transmis le dossier médical à remplir pour sa fille, accompagné de la notice explicative, de s'assurer que le médecin qui a établi le rapport médical ne faisait pas partie du collège des médecins de l'OFII qui a rendu son avis, de produire l'avis rendu par ce collège ;

-elle est entachée de défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

-elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

-elle a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;

-elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

-méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

-elle a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;

-elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre et de la décision d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police soutient que les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Des pièces, produites pour Mme A B par Me Champlain, ont été enregistrées le

23 février 2023.

Une ordonnance du 21 février 2023 a fixé la clôture d'instruction au 2 mars 2023.

Un mémoire complémentaire, produit par le préfet de police, a été enregistré le

1er mars 2023.

Une note en délibéré présentée pour Mme A B a été enregistrée le 16 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990,

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988,

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Par une décision du 23 novembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Paris a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme A B.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F

- et les observations de Me Champain, pour Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne, né le 16 décembre 1976 à Ezzahra, entrée en France le 1er octobre 2021 selon ses déclarations, a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité d'accompagnante d'enfant malade. Par un arrêté du 24 octobre 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays d'éloignement. Par la présente requête Mme A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, Mme E D, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe de la division de l'immigration familiale, a reçu délégation de signature par un arrêté du 3 octobre 2022. Par suite, Mme D était compétente pour signer au nom du préfet de police l'arrêté du 11 octobre 2022 en litige et le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen approfondi de la situation de Mme A B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort des pièces du dossier que Mme A B n'est arrivée en France que le 1er octobre 2021. Si elle s'est investie dans une association où elle assure une permanence d'accueil une demi-journée par semaine et assure une permanence d'écrivain public, cette seule activité, récente, n'est pas de nature à établir qu'elle aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés. Si elle soutient avoir une sœur en situation régulière sur le territoire, elle ne l'établit pas par les pièces produites au dossier. En tout état de cause, une sœur régulièrement présente sur le territoire français ne suffit pas à établir l'existence de liens familiaux en France. En outre, si Mme A B se trouve en France avec ses deux filles, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Tunisie où vivent ses parents, des frères et sœurs et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans au moins, avec ses filles. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas méconnu les stipulations précitées en édictant à son encontre l'arrêté attaqué. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police aurait commise doit être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois () Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-12 du même code prévoit que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). /Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". L'article 1 de l'arrêté du 27 décembre 2016 cité ci-dessus précise : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. A cet effet, le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A du présent arrêté ". Aux termes de l'article 3 de cet arrêté : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Enfin, l'article 6 du même arrêté indique que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

6. En premier lieu, il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de police que le rapport médical sur l'état de santé de la fille de Mme A B, prévu à l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été établi par un premier médecin le

23 septembre 2022. Ce rapport a été transmis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au sein duquel ont siégé trois autres médecins qui ont rendu leur avis le 6 octobre 2022. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si la requérante soutient qu'il appartient au préfet de police d'établir qu'elle avait bien reçu le certificat médical vierge à faire remplir ainsi que la notice explicative, il résulte de la combinaison des articles précités de l'arrêté du 27 décembre 2016 et de la procédure qui s'en infère, que le médecin de l'OFII n'aurait pas pu établir le rapport indispensable pour que le collège des médecins de l'OFII puisse rendre son avis si la requérante n'avait pas rempli le certificat médical nécessaire. La requérante n'établit ni même ne soutient que, dans les circonstances de l'espèce, la méconnaissance de cette obligation aurait eu une influence sur l'avis rendu par le collège de médecins ou l'aurait privée d'une garantie. Le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, pour refuser de délivrer à Mme A B le titre de séjour qu'elle sollicitait, le préfet de police a estimé au vu de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si l'état de santé sa fille nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Mme A B soutient que le traitement dont a besoin sa fille pour insuffisance gonadique périphérique causée par des médicaments administrés lors d'une allogreffe pratiquée en 2013 pour une autre pathologie, " l'oesclim " puis le " femsept ", ne sont pas disponibles dans son pays d'origine. Elle produit des pièces suffisamment probantes permettant de l'établir. Toutefois, le principe actif de ces médicaments, l'estradiol, est disponible en Tunisie, ainsi qu'il ressort de la liste des médicaments disponibles en Tunisie et aucun certificat médical n'indique que le médicament prescrit ne serait pas substituable. En outre, si la requérante soutient que sa fille ne peut prendre ce médicament que sous forme de patch et non par voie orale, cette affirmation n'est appuyée que sur une ordonnance et ne se fonde sur aucun certificat médical précis et circonstancié. Si la requérante soutient également que sa fille fait l'objet de suivis à l'hôpital Trousseau, les rendez-vous prévus sont tous fixés à des dates postérieures à l'arrêté attaqué et ne permettent pas d'établir de quels suivis il s'agit. Enfin, si la fille de la requérante doit subir un examen régulier, sans que la fréquence ne soit précisée, d'échographie pelvienne, il n'est pas allégué ni même soutenu qu'un tel examen ne serait pas possible en Tunisie, où des services d'endocrinologie existent en milieu hospitalier de même que des endocrinologues en milieu libéral, notamment à Tunis, où exerce le médecin pédiatre qui a soigné la fille de la requérante, et que des structures permettent de pratiquer des échographies en milieu hospitalier. Enfin, si ce médecin produit un certificat médical du 31 octobre 2022, postérieur à la décision attaquée, et alors que la requérante et sa fille se trouvent en France, ce document indique que le traitement de la fille de la requérante va nécessiter un suivi régulier à l'hôpital Trousseau, sans mentionner aucun autre élément de suivi ou de traitement. Le médecin indique lui-même se fonder sur les certificats médicaux reçus de France, et ne se prononce pas sur la disponibilité du traitement en Tunisie. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas méconnu l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour à Mme A B doivent être rejetées.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire :

10. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté en conséquence du rejet des conclusions dirigées contre cette décision.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté en conséquence du rejet des conclusions dirigées contre cette décision.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A B ne peut qu'être rejetée dans toutes ses prétentions, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente,

Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,

Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

N. F La présidente,

V. HERMANN JAGER

La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2226600/3-3

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