lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2226728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ANDRIVET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 décembre 2022 et le 27 février 2023, Mme A D B, représentée par Me Andrivet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre de subsidiaire, de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 200 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de forme, tiré de son insuffisante motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par la voie de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale, par la voie de l'exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, par la voie de l'exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.
Par une ordonnance du 6 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller,
- et les observations de Me Andrivet, pour Mme B.
Une note en délibéré, produite pour Mme B, a été enregistrée le 28 avril 2023.
1. Mme A D B, de nationalité congolaise née le 23 septembre 1963, est entrée en France le 6 octobre 2017 selon ses déclarations. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision de refus de séjour attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de Mme B doit également être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".
4. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'après avoir relevé que le collège de médecins de l'OFII a estimé, le 29 août 2022, que si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce collège a relevé qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Le préfet de police a alors conclu, après un examen approfondi de la situation de la requérante, qu'elle ne remplit pas les conditions fixées à l'article cité au point précédent. Parmi les multiples pièces médicales produites par Mme B relatives à ses diverses pathologies dont l'existence est établie par les pièces du dossier, la requérante produit deux certificats médicaux datés des 5 avril et 25 octobre 2022 relatifs aux conséquences d'un arrêt de sa prise en charge médicale. Le premier, qui n'est pas circonstancié, se borne à relever que le défaut de prise en charge médicale est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité tandis que le second indique, sans plus de précisions, que les diverses pathologies dont souffre la requérante ne pourraient qu'évoluer défavorablement en cas d'arrêt des soins. La requérante ne démontre donc pas que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le défaut de prise en charge médicale pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, si bien qu'elle ne peut, par ailleurs, utilement se prévaloir du fait qu'elle ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Mme B soutient qu'entrée en France le 6 octobre 2017, elle y réside habituellement depuis cette date, parle français, justifie d'un suivi social et ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Elle précise également qu'elle conserve uniquement une fille dans son pays d'origine, qui réside près de la frontière rwandaise et qu'elle ne pourrait rejoindre sans craintes. Toutefois, Mme B est célibataire sans charges de famille en France et, comme elle l'indique elle-même, n'est pas dépourvue de liens dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de près de 54 ans. Si elle précise qu'elle ne pourrait rejoindre sa fille qui réside à proximité du Rwanda pour ne pas être retrouvée par les autorités de son pays qui la recherchent, elle n'apporte aucune preuve au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs.
Sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, la décision refusant d'admettre Mme B au séjour n'est pas entachée d'illégalité, ainsi que cela a été indiqué aux points qui précèdent. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, doit être écarté.
8. En second lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6.
Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :
9. La décision obligeant Mme B à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité, ainsi que cela a été indiqué aux deux points qui précèdent. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité, ainsi que cela a été indiqué au point précédent. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Mme B soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu des liens particuliers qu'elle entretenait avec la première dame de la République du Congo, qui se sont détériorés lors de leur séjour à Paris, début octobre 2017. Toutefois, comme elle le précise, sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 30 août 2018 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, laquelle a été confirmée par une décision du 11 avril 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Mme B, qui ne fait état d'aucun élément nouveau susceptible d'établir les craintes dont elle se prévaut en cas de retour dans son pays d'origine, n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit donc être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, au préfet de police et à Me Andrivet.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Viard, présidente,
M. Grandillon, premier conseiller,
M. Paret, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
Le rapporteur,
J. GRANDILLON
La présidente,
M-P. VIARD
La greffière,
S. RAHMOUNI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026