jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2226806 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BALLU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2022, M. H F et Mme A G, agissant en leurs noms personnels et au nom de leurs enfants mineurs, B C et D F, représentés par Me Ballu, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de les prendre en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence de leur situation est avérée dans la mesure où, compte tenu des conditions climatiques actuelles, ils vivent, avec leurs filles âgées de deux ans et de neuf mois, à la rue, alors qu'ils ont appelé à de nombreuses reprises le 115, sans pour autant obtenir d'hébergement d'urgence ;
- la carence de l'administration à les prendre en charge porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit à l'hébergement d'urgence, le droit à ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, l'intérêt supérieur de l'enfant, le droit à la santé ainsi qu'à un niveau de vie suffisant, et enfin, le principe de l'interdiction de discrimination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucune carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne peut être reprochée à l'Etat compte tenu, d'une part, de la saturation du dispositif régional d'hébergement d'urgence alors même que l'Etat a mis en place des moyens structurels très importants et d'autre part, de ce que les requérants, qui ne fournissent aucune indication sur leur situation antérieure vis-à-vis de l'hébergement, notamment après leur prise en charge en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, ont vu leurs demandes d'asiles rejetées, tout comme la demande de réexamen de l'une de leurs filles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Heeralall, greffière d'audience, Mme E a lu son rapport et entendu :
- Me Djemaoun, avocat représentant M. F et Mme G, qui reprend les conclusions de la requête et développe les moyens présentés dans ses écritures, en précisant que la demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile pour un motif procédural, en citant l'ordonnance n° 469676 du Conseil d'Etat du 26 décembre 2022 visant une situation familiale similaire à celle des requérants, et en faisant valoir notamment que les chiffres présentés par la préfecture pour attester des moyens à dispositions pour les hébergements d'urgence ne sont pas actualisés ;
- les observations de Mme G qui indique avoir été hébergée par une association après sa prise en charge par le centre d'accueil pour demandeurs d'asile et dont l'hébergement a pris fin lorsqu'elle a commencé à appeler le 115 ;
- Me Falala, représentant le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, qui maintient ses conclusions et indique que les moyens mis à disposition pour les dispositifs d'hébergement d'urgence ont été renforcés mais restent insuffisants et que seule une demande de réexamen, pour l'une des filles des requérants, est encore pendante.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. En outre, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Enfin, aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
3. D'une part, il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
4. D'autre part, si les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire n'ont, en principe, pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, ils relèvent néanmoins du champ d'application des dispositions précitées de l'article
L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, la situation de ces ressortissants ne fait pas obstacle à ce qu'une carence avérée et prolongée de l'Etat dans la mise en œuvre de sa compétence en matière d'hébergement d'urgence soit caractérisée en l'absence même de circonstances exceptionnelles, qu'il revient seulement au juge des référés de prendre en considération, lorsqu'il est saisi, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pour déterminer si cette carence caractérise en outre une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au sens de cet article.
5. En l'espèce, les requérants, qui sont les parents de deux très jeunes enfants, nées le 26 août 2020 et le 18 mars 2022, ont présenté une demande d'asile en France rejetée le 31 mai 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La demande de réexamen, s'agissant de leur plus jeune fille, a fait l'objet d'un rejet le 14 novembre 2022 alors qu'est versée à l'instance l'attestation de demande d'asile en procédure accélérée, valable jusqu'au 14 juin 2023, s'agissant de leur seconde fille. A cet égard, il ne résulte pas des pièces produites que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la CNDA se seraient prononcés sur cette demande de réexamen, enregistrée le 15 décembre 2022. En outre, il résulte de l'instruction que les requérants ont appelé le 115 à de multiples reprises depuis le début du mois de décembre 2022, en particulier afin d'obtenir un hébergement, sans qu'il ne soit fait droit à leurs demandes en raison de l'absence de places disponibles. De telles demandes avaient d'ailleurs été préalablement présentées à compter de la date de leur entrée en France et notamment, précédemment au cours de l'année 2022, pendant laquelle ils avaient également pu bénéficier d'un hébergement temporaire en centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Sur ce point, si le préfet de la région d'Île-de-France a relevé l'absence d'appels au 115 depuis la fin de la période d'hébergement dans le centre, jusqu'au mois de décembre 2022, Mme G a expliqué à l'audience que l'association qui les avait accueillis durant cette période avait mis fin à cette prise en charge au début du mois de décembre. Dans ces conditions, compte tenu du très jeune âge de leurs deux filles, âgées de deux ans et de neuf mois, et des conditions climatiques actuelles, les requérants se trouvent dans une situation de détresse sociale au sens des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Ils justifient dès lors d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Si le préfet de la région d'Île-de-France fait état de la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence dans la région d'Île-de-France, malgré le déclenchement récent du plan " Grand froid " ayant permis la mise à disposition de places supplémentaires, dès lors que les requérants vivent actuellement à la rue, l'absence de réponse positive à leurs demandes très nombreuses de logement social auprès du service social du 115 depuis près d'un mois démontre une carence avérée et prolongée de l'Etat dans l'accomplissement de la mission qui lui incombe en vertu des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles. De plus, l'intérêt supérieur de de l'enfant, qui doit être une considération primordiale dans toutes les décisions prises notamment par les autorités administratives et les tribunaux, en vertu de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, s'oppose à ce que les enfants de M. F et Mme G, eu égard à leur très jeune âge, soient à la rue, en période hivernale, sous peine de compromettre leur intégrité physique.
7. Il s'ensuit que, dans les circonstances qui viennent d'être énoncées, l'absence de proposition d'hébergement au bénéfice des requérants et de leurs enfants, eu égard à la situation particulière de cette famille qui la place parmi les familles les plus vulnérables, constitue une carence caractérisée de l'Etat, portant une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence et violant les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il incombe donc au préfet de la région d'Île-de-France de prendre en charge la famille dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence. Il y a, par suite, lieu d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de prendre en charge les requérants et leurs deux filles dans le cadre de l'hébergement d'urgence dans un délai maximum de 48 heures à compter de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser aux requérants.
O R D O N N E
Article 1er : Il est enjoint au préfet de la région d'Île-de-France de proposer à M. F et Mme G et à leurs deux enfants un hébergement d'urgence pouvant les accueillir dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H F et Mme A G ainsi qu'au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressé au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 29 décembre 2022.
La juge des référés,
M-N. E
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026