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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226888

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226888

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre de subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 500 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de renouvellement de certificat de résidence :

- il revient au préfet de police de verser aux débats les éléments sur lesquels s'est fondé le collège de médecins de l'OFII pour rendre son avis ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, tiré de l'absence de saisine du collège de médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) pour avis, du fait qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège, que les médecins qui ont siégé ont bien été désignés par une décision du directeur générale de l'OFII et que l'avis a bien été rendu de manière collégiale.

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui étant pas applicable compte tenu du fait qu'il est de nationalité algérienne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale, par la voie de l'exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il demande la substitution de l'article 6-7 de l'accord franco- algérien à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et soutien qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de M. Grandillon, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

1. M. A B, de nationalité algérienne né le 16 novembre 1974, est entré en France le 19 novembre 2018 selon ses déclarations. Il demande l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son certificat de résidence et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la légalité de la décision de refus de renouvellement du certificat de résidence :

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ". La procédure de délivrance des certificats de résidence portant la mention " vie privée et familiale " prévue par ces stipulations est régie par les dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris pour l'application des dispositions équivalentes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'arrêté du 27 décembre 2016 les précisant. En vertu des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et des articles 5 et 6 de cet arrêté, le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport et émet son avis, lequel doit comporter certaines informations, à l'issue d'une délibération.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police s'est prononcé au vu d'un avis émis le 14 septembre 2022 par un collège de médecins de l'OFII, régulièrement désignés par une décision du 1er octobre 2021 du directeur général de l'office, et dont la mention " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " fait foi jusqu'à preuve du contraire de son caractère collégial. Il ressort par ailleurs tant de cet avis que du bordereau de transmission du rapport établi par le médecin instructeur au vu duquel le collège s'est prononcé que ce dernier ne figurait pas parmi les médecins signataires. Enfin, la seule circonstance que l'OFII n'ait pas communiqué au requérant son entier dossier médical ainsi que ce dernier l'a sollicité est, par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

4. D'autre part, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Dès lors, les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet de police s'est fondé ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Il y a toutefois lieu de substituer à cette base légale erronée, que le requérant doit regarder comme mettant en cause, celle tirée des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'application des deux textes. Les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle de M. B et de l'erreur de droit quant à l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent donc qu'être écartés.

5. Enfin, pour refuser de renouveler de certificat de résidence de M. B pour des motifs médicaux, le préfet de police a estimé, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII et après un examen approfondi de sa situation, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le requérant conteste ce dernier point, et indique à cet égard qu'il existe de nombreuses difficultés systémiques d'accès aux soins en Algérie, notamment en ce qui concerne la prise en charge des troubles psychiatriques et qu'il ne pourra accéder à l'un de ses médicaments, le Trevicta. Toutefois, le préfet de police indique sans être contesté que ce médicament peut être remplacé par du Xeplion, qui contient la même molécule et est disponible en Algérie selon le site Pharm'Net. Par ailleurs si M. B se reporte à différents articles généraux sur l'état du système de soins algérien concernant notamment la pénurie de médicaments dans ce pays, il ne démontre pas qu'il ne pourrait y bénéficier effectivement des médicaments que son état de santé requiert. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de solliciter la communication de l'entier dossier médical de l'intéressé à l'OFII, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de police a pu refuser le renouvellement de son certificat de résidence en application des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. B soutient qu'il réside en France depuis novembre 2018, qu'il y est suivi depuis cette date et qu'y réside la quasi-intégralité de sa fratrie. Cependant, et comme l'indique la décision attaqué, le requérant est célibataire sans charge de famille en France, et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans et où, comme cela a été indiqué au point 5, il peut bénéficier d'une prise en charge médicale effective. Ainsi, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs.

Sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision refusant le renouvellement du titre de séjour de M. B n'est pas entachée d'illégalité, ainsi que cela a été indiqué aux points qui précèdent. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En second lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7 du présent jugement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Rochiccioli.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Grandillon, premier conseiller,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

Le rapporteur,

J. GRANDILLON

La présidente,

M-P. VIARD

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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