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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2300472

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2300472

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2300472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantTIGOKI IYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n° 2300472, par une requête, enregistrée le 8 janvier 2023, M. F, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 8 janvier 2023 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à Me Pafundi, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'auteur de l'acte était incompétent pour le signer ;

- le préfet s'est estimé en compétence liée ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- le préfet s'est estimé en compétence liée ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- les décisions sur le fondement desquelles la décision a été prise sont illégales ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 janvier 2023.

II. Sous le n° 2300649, par une requête, enregistrée le 10 janvier 2023, M. F, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 8 janvier 2023 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Pafundi, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de l'acte était incompétent pour le signer ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la même convention ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'auteur de l'acte était incompétent pour le signer ;

- les décisions sur le fondement desquelles la décision a été prise sont illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. E en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Le Tellier, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant ivoirien, né le 1er janvier 1997, a sollicité l'asile en France le 13 septembre 2018 selon ses déclarations. Par les présentes requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. C demande l'annulation des décisions du 8 janvier 2023 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai , a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. C par une décision du 25 janvier 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01543 du 30 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à Mme D B, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

6. La décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que le préfet de police a fait application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne suffit pas à démontrer qu'il se serait senti en compétence liée. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu sa compétence.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Si M. C soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée en France, il ne produit toutefois aucun élément suffisant permettant d'en établir la réalité. Dans les circonstances de l'espèce, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que le préfet de police ait fait application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne suffit pas à démontrer qu'il se serait senti en compétence liée. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu sa compétence.

11. En deuxième lieu, comme il a été dit au point 9, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En dernier lieu, il ressort de ce qui a été dit aux points 9 et 11, que M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En l'espèce, l'intéressé ne fait état d'aucun élément justifiant qu'il serait personnellement exposé à des risques graves en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, comme il a été dit au point 4, par un arrêté n° 2022-01543 du 30 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à Mme D B, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination sont illégales. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

19. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que le préfet de police ait fait application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne suffit pas à démontrer qu'il se serait senti en compétence liée. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu sa compétence. M. C qui ne présente aucune pièce permettant d'en justifier ne peut davantage soutenir que des circonstances humanitaires ferait obstacle à ce qu'une décision portant interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an soit prise à son encontre.

20. En dernier lieu, comme il a été dit précédemment le requérant ne justifie ni de l'intensité de sa vie privée et familiale en France, ni de circonstances humanitaires de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

Le rapporteur,

M. E

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2300472/6-2 et 2300649/6-

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