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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2300485

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2300485

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2300485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 7 janvier et le 8 février 2023, M. D, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son nom dans le système d'information B ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991relative à l'aide juridique, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simonnot, président de chambre, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Fournier, avocat de M. D,

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien né le 6 juin 1969 et entré en France en 2019 selon ses déclarations, a fait l'objet d'un arrêté du 6 janvier 2023, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet du Val d'Oise l'a assigné à résidence. M. D demande l'annulation ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L.611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R.611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même qu'elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour au titre de l'état de santé, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

5. Il ressort des pièces du dossier, que M. D souffre d'une cirrhose du foie pour le traitement de laquelle il bénéficie d'un suivi médical à l'hôpital Saint-Antoine, ce suivi étant avéré par la production de courriers de confirmation de rendez-vous, de comptes rendus médicaux, et d'ordonnances, datés du 23 septembre 2019 au 7 février 2023. Il ressort également des pièces du dossier que M. D est suivi au centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie Oppelia Essonne depuis le 7 septembre 2020. Il ressort en outre du procès-verbal d'audition établit le 5 janvier 2023 dans le cadre d'une enquête de flagrance pour vol à l'étalage, dont une copie est annexée aux écriture en défense du préfet du Val d'Oise, que le requérant a fait part de ses problèmes de santé à l'officier de police judiciaire qui l'auditionnait en indiquant " J'ai des problèmes graves de santé. J'ai une cirrhose du foie ". Dans ces conditions, eu égard à la nature des troubles dont souffre l'intéressé, le préfet du Val d'Oise ne pouvait prendre à son encontre la mesure d'éloignement en litige sans solliciter l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En s'abstenant de recueillir cet avis, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'un vice de procédure. M. D est, par suite, fondé à soutenir que l'arrêté du 6 janvier 2023 est entaché d'un vice de procédure qui affecte sa légalité.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 6 janvier 2023 par laquelle le préfet du Val d'Oise a obligé M. D à quitter le territoire français doit être annulée de même que, par voie de conséquence, la décision lui interdisant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il y a lieu, compte tenu de ce qui précède, d'enjoindre au préfet du Val d'Oise réexamine la situation de M. D après saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, le munisse d'une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen et fasse procéder à l'effacement de son nom au système d'information dit " B ". Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à me Fournier, sous réserve de la part de cette avocate de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique et de l'admission définitive de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 6 janvier 2023 par laquelle le préfet du Val d'Oise a obligé M. D à quitter le territoire français et, par voie de conséquence, la décision lui interdisant l'octroi d'un délai de départ volontaire, celle fixant le pays de destination, celle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val d'Oise de réexaminer la situation de M. D après saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, le munisse d'une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen et fasse procéder à l'effacement de son nom au système d'information dit " B ".

Article 4 : L'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à me Fournier, sous réserve de la part de cette avocate de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique et de l'admission définitive de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au préfet du Val-d'Oise et à Me Fournier.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Le magistrat désigné,

J.-F. C

La greffière,

J. IANNIZZI Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300485/4-3

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