mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2300779 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre- OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | AIT MEHDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 12 janvier et 13 mars 2023, M. A F D, représenté par Me Ait Mehdi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de loi du 10 juillet 1991, ou, à défaut, à lui-même.
Il soutient que :
- les arrêtés litigieux ont été signés par une autorité incompétente ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de vingt-quatre mois ne pouvait être légalement fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du même code ou, à tout le moins, est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 13 mars 2023, en présence de Mme Lardinois, greffière d'audience :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Ait Mehdi, représentant M. D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant sénégalais né le 23 mai 1976, est entré en France en 1982 selon ses déclarations. Par arrêtés du 16 décembre 2022, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2022-707 du 3 octobre 2022, le préfet de police a donné à M. E C, adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. En outre, aucune norme ni aucun principe n'impose que soit mentionné sur les décisions en cause que le préfet était absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
4. Si le requérant soutient que la décision du préfet de police porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il ressort des pièces du dossier que celui-ci vit en concubinage avec une ressortissante malgache. S'il soutient par ailleurs être père d'un enfant français issu d'une précédente union, M. D n'établit pas contribuer à l'entretien et l'éducation de cet enfant ni même entretenir des liens avec lui. Il n'apporte en tout état de cause aucun élément de nature à établir l'exactitude matérielle de ses allégations.
5. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 17 novembre 2015 par la chambre des appels correctionnels de Paris à trois ans et six mois d'emprisonnement et 1 000 euros d'amende pour contrefaçon ou falsification d'instrument de paiement (monnaie scripturale) commise en bande organisée, le 10 novembre 2018 par le tribunal correctionnel de Paris à un an et trois mois d'emprisonnement pour escroquerie (récidive et tentative), le 10 juillet 2019 par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans et six mois d'emprisonnement dont un an trois mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant trois ans, le 4 juin 2020 par le tribunal correctionnel de Strasbourg à huit mois d'emprisonnement et 2 000 euros d'amende pour usage d'instrument de paiement contrefaisant ou falsifié (monnaie scripturale) et participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement et qu'il a été signalé par les services de police le 10 juin 2022 pour usage d'instrument de paiement contrefaisant ou falsifié (monnaie scripturale) et participation de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement. Ces multiples condamnations et signalements sont de nature à établir la menace que présente pour l'ordre public la présence en France du requérant.
6. Par suite, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté litigieux ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté litigieux n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur les " articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Si en l'espèce, un délai de départ volontaire a été accordé à M. D, rendant l'article L. 612-6 de ce code inapplicable à sa situation, la décision en litige est également fondée sur l'article L. 612-8, applicable à la situation de M. D. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de base légale ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
9. Il ressort des multiples condamnations rappelées au point 5 que la présence en France du requérant représente une menace pour l'ordre public.
10. La décision litigieuse révèle par ailleurs que pour prononcer l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de police a tenu compte de la durée de la présence de M. D sur le territoire français, de la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet de l'Essonne le 15 mars 2019, ainsi que de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, établie par les multiples condamnations pénales prononcées à son encontre.
11. Par suite, en adoptant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans contestée, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-8 et 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F D et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
Le magistrat désigné,
J. BLa greffière,
S. LARDINOIS
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026