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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2300883

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2300883

samedi 14 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2300883
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2023, Mme D B agissant en son nom personnel et au nom de son enfant mineur, M. C B, représentés par Me Joory, demandent à la juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de les prendre en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée dans la mesure où, compte tenu des conditions climatiques actuelles, elle vit, avec son enfant mineur âgé de 4 ans et onze mois, à la rue, alors qu'elle a appelé à de nombreuses reprises le 115, sans pour autant obtenir d'hébergement d'urgence ;

- la carence de l'administration à la prendre en charge porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit à l'hébergement d'urgence, le droit à ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, l'intérêt supérieur de l'enfant, le droit à la santé et à la vie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucune carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne peut être reprochée à l'Etat compte tenu, d'une part, de la saturation du dispositif régional d'hébergement d'urgence alors même que l'Etat a mis en place des moyens structurels très importants et d'autre part, de ce que la requérante n'appelle le 115 que depuis le 23 décembre 2022 et que l'absence de satisfaction de ses demandes tient à la circonstance qu'il existe des familles en situation de détresse encore plus grande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 14 janvier 2023 à 11 heures, en présence de Mme Nguyen, greffière, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Joory représentant Mme B qui reprend ses écritures et soutient en outre qu'il a rencontré la requérante avant l'audience et que l'enfant de celle-ci est atteint de troubles de santé mais qu'il n'a pas été possible de verser aux débats un certificat médical en attestant compte tenu de la situation précaire dans laquelle l'intéressée se trouve ;

- et les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris qui reprend ses écritures et indique que la requérante n'est entrée en France que le 10 décembre 2022 et n'appelle le 115 que depuis le 23 décembre, qu'elle n'établit pas les pathologies dont souffre son enfant et qu'elle n'a pas sollicité l'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. En outre, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Enfin, aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. En l'espèce, il est constant que Mme B, de nationalité ivoirienne, est entrée en France le 10 décembre 2022 avec son enfant âgé de 4 ans et onze mois pour fuir les persécutions dont elle serait victime, qu'elle n'a pas sollicité l'asile et qu'elle n'appelle le 115 que depuis le 23 décembre 2022. Par ailleurs, si elle soutient que son enfant est atteint de diverses pathologies elle ne verse aux débats aucune pièce permettant d'attester cette allégation. En outre, malgré les efforts de l'Etat pour accroître les capacités d'hébergement d'urgence à Paris et dans la région d'Ile-de-France, l'ensemble des besoins les plus urgents, en constante augmentation, ne peut être satisfait. Tel est notamment le cas pour les familles avec des enfants alors même que par une instruction du 10 novembre 2022, le ministre chargé de la ville a mis en place un plan d'urgence " enfants à la rue " pour la période hivernale. Si le plan " Grand froid " déclenché le 12 décembre 2022 a permis de disposer de 399 places supplémentaires d'hébergement à Paris à la date du 20 décembre, ces dernières demeurent insuffisantes. Ainsi pour le seul territoire de Paris, au cours de la journée du 11 janvier 2023, 909 personnes ont vu leur demande d'hébergement rejetée dont 660 personnes appartenant à des familles avec enfants (dont 312 mineurs) représentant 201 familles différentes.

5. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne peut, compte tenu du cadre temporel dans lequel il se prononce, ordonner que des mesures utiles en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises. Il s'ensuit qu'en l'état de l'instruction et eu égard à cet office du juge des référés, l'absence d'hébergement d'urgence de Mme B et de son enfant de quatre ans et onze mois ne révèle pas, compte-tenu de la présence de familles encore plus vulnérables dans un contexte de saturation des hébergements d'urgence, une situation justifiant que soit ordonné au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, au motif d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, de prendre des mesures pour mettre à l'abri cette famille.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 14 janvier 2023.

La juge des référés,

N. A

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300883/9

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