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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2300926

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2300926

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2300926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier 2023 et le 1er février 2023, M. C I B, représenté A Me Diarra, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2023 A lequel le préfet de police a refusé de renouveler son autorisation provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte était incompétent pour le signer ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnait les article L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

A un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de police, représenté A Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués A M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- et les observations de Me Diarra, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 janvier 2022, M. C I B, ressortissant ivoirien né le 28 décembre 1993 et entré en France le 27 juillet 2021 selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 2 janvier 2023 A lequel le préfet de police a refusé de renouveler son autorisation provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, M. B conteste la compétence de Mme E D pour signer l'arrêté du 2 janvier 2023 alors que, d'après les visas de cet arrêté, la délégation de signature est intervenue le 1er janvier 2023 seulement. Toutefois, à supposer que cette délégation ne fût pas entrée en vigueur lors de la signature de l'arrêté attaqué, en vertu d'un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme D, attachée d'administration de l'Etat, placée sous l'autorité de la cheffe de la division de l'immigration familiale, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. A suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée A le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 425-10 et L. 611-3. Il précise que M. B a demandé le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10. Il mentionne en outre que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé, dans un avis du 7 décembre 2022, que si l'état de santé de l'enfant de M. B nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il rappelle A ailleurs que M. B se déclare célibataire, qu'il n'est pas dénué d'attaches familiales en Côte-d'Ivoire où vivent ses deux premiers enfants mineurs et que l'arrêté ne porte pas atteinte au droit qui lui est conféré A l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise enfin que le requérant ne démontre pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision portant refus de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour mentionne, A suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise A l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies A décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées A le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que A une décision spécialement motivée ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée A l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".

6. M. B soutient, contrairement à l'avis du collège de médecins de l'OFII, que le défaut de prise en charge médicale de sa fille, G J B, entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, d'une part, les documents médicaux que le requérant produit pour étayer ses allégations mentionnent que son enfant présente une affection mentale et une affection cardiaque opérée et que ces pathologies font l'objet d'un suivi médico-social important, sans préciser quelles seraient les conséquences du défaut de cette prise en charge. D'autre part, dès lors que le préfet s'est fondé sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité d'un défaut de prise en charge médicale de sa fille pour rejeter la demande du requérant, le moyen tiré d'une absence de traitement en Côte-d'Ivoire est inopérant. A suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux présentés au point précédent, le requérant ne peut soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

9. L'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. B fait suite au refus de délivrance d'un titre de séjour. Il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle n'a donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour, qui ainsi qu'il a été dit au point 4, est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme infondé.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

11. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Il ressort d'une part des pièces du dossier, notamment des termes-même de l'arrêté, que M. B contribue à l'éducation et à l'entretien de sa fille. D'autre part, le requérant produit des documents attestant une vie commune avec sa fille, G B et sa mère, Mme H, ressortissante togolaise, avec laquelle il partage une adresse commune. Dès lors qu'elle aurait pour effet de le séparer d'avec sa fille, à l'éducation et à l'entretien de laquelle il contribue, et avec laquelle il vit, M. B est fondé à soutenir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée aux droits garantis à son enfant A les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant précitées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et, A voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 2 janvier 2023 A lesquelles le préfet de police a obligé M. B à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C I B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

Mme Roussier, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

M. Théoleyre

Le président,

P. Laloye

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300926/6-

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