mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2300991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Section 8 - Chambre 1 |
| Avocat requérant | CABINET CHALOUPECKY HASENOHRLOVA-SILVAIN (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 16 janvier 2023 et le 3 février 2023, M. B C, représenté par Me Gabeaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui restituer son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à son effacement du système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de retrait de titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de retrait de titre de séjour qu'elle assortit ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'articles L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale dès lors qu'il est en danger au Pakistan.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'a pas produit l'arrêté attaqué conformément aux exigences de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F ;
- et les observations de Me Mercier se substituant à Me Gabeaud avocat, de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant pakistanais né le 15 décembre 1997 et entré en France en 2013 selon ses déclarations, s'est vu délivrer le 9 mars 2022 une carte de séjour pluriannuelle valable du 8 février 2022 au 7 février 2026. Par un arrêté du 5 janvier " 2022 ", le préfet de police, estimant toutefois que la présence de M. C en France constituait une menace pour l'ordre public, lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'économie générale de l'arrêté, que ce dernier a été signé le 5 janvier 2023, et non le 5 janvier " 2022 " comme il l'indique à tort en raison d'une simple erreur de plume. Par un arrêté n° 2022-01543 du 30 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à M. A D, attaché principal d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de Mme E, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé la décision attaquée. Enfin, alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait que l'arrêté vise la nomination de l'agent bénéficiaire de la délégation, M. C ne saurait utilement soutenir que la signataire ne serait pas un fonctionnaire régulièrement nommé dès lors qu'il dispose d'une délégation de signature du préfet de police. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose de manière détaillée les circonstances de fait ayant conduit le préfet de police à estimer que la présence de M. C en France était constitutive d'une menace pour l'ordre public. Le préfet de police n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle dont il avait connaissance mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de lui retirer son titre de séjour, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
6. Pour retirer, en application de ces dispositions, la carte de séjour pluriannuelle valable du 8 février 2022 au 7 février 2026 que détenait M. C, le préfet de police a estimé que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public en raison des faits, commis le 9 et le 11 mars 2022, de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et de refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie pour lesquels il a été condamné le 12 mars 2022 par le tribunal judiciaire de Paris, statuant en matière correctionnelle, à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans. Si le requérant conteste la gravité des faits qui lui sont reprochés, en se prévalant de ce qu'il a bénéficié d'un sursis probatoire et n'a fait l'objet d'aucune interdiction judiciaire du territoire, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des procès-verbaux d'audition et d'incident en garde à vue, qu'il a insulté, outragé et menacé de mort et d'actes de barbarie des fonctionnaires de police et a pu exprimer sa haine de la France et du Président de la République. Par ailleurs, M. C ne peut utilement contester la matérialité des faits pour lesquels il a été signalisé tels qu'exposés par le préfet de police dans son mémoire en défense dès lors que ce dernier, en tout état de cause, ne s'est pas fondé dessus. Dans ces conditions, eu égard à la nature, à la gravité et au caractère récents des faits commis, postérieurs à la délivrance initiale de son titre de séjour, le préfet de police a pu sans erreur d'appréciation estimer que la présence en France de M. C constituait une menace pour l'ordre public et lui retirer son titre de séjour pour ce motif.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. M. C se prévaut de sa durée de présence en France, de qu'il y vit depuis l'âge de quinze ans, qu'il y travaille et y a un projet familial. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de sa demande de renouvellement de titre de séjour, qu'il est célibataire sans charge de famille en France et il ne justifie d'aucun lien particulier qu'il aurait noué en France alors qu'il a indiqué dans sa requête avoir une épouse au Pakistan avec laquelle il attendait un enfant. Par ailleurs, il n'a occupé que des emplois peu qualifiés de manière discontinue entre 2016 et 2018, et n'exerce une activité d'électricien que depuis l'année 2021, bénéficiant en dernier lieu d'un contrat à durée indéterminée à temps incomplet depuis le 12 février 2022. Enfin, et ainsi qu'il a été précisé au point 6, il s'est rendu coupable moins d'un an avant l'arrêté attaqué de faits d'une particulière gravité. Dans ces conditions, et en dépit de sa durée de présence en France, qui n'est toutefois pas établie entre 2019 et 2020, et de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance à compter du 13 mai 2013, comme de sa relative insertion professionnelle et du suivi dont il bénéficie de la part du service pénitentiaire d'insertion et de probation, le préfet de police, en retirant à M. C le titre de séjour qu'il détenait, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
10. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 8, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.
Sur la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
12. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 et 10, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
14. En deuxième lieu, l'arrêté, qui fixe à son article 2 le pays de renvoi de M. C, en précisant qu'il s'agit de son pays de nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible, comporte de manière suffisante les circonstances de droit et de fait qui constituent le fondement de cette décision.
15. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de fixer son pays de renvoi.
16. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 et 10, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
17. En dernier lieu, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé à un risque en cas de retour au Pakistan.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
18. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
20. En l'espèce, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans comporte de manière suffisante les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
21. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
22. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 à 12, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire doit être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président ;
- Mme Marik-Descoings, première conseillère ;
- M. Matalon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.
Le président-rapporteur,
H. F
L'assesseur le plus ancien,
N. Marik-DescoingsLa greffière,
L. Ben Hadj Messaoud
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026