mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2301061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | PIGOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 janvier et 21 février 2023, Mme D, représentée par Me Pigot, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloignée ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui renouveler son certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient, dans le dernier état des écritures, que :
En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnaît les stipulation de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien modifié et elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une décision du 30 janvier 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle,
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Frydryszak, représentant Mme B.
Une note en délibéré présentée pour Mme B par son conseil a été enregistrée le 14 mars 2013 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante algérienne, née le 1er janvier 1983, a sollicité le 28 mars 2022 le renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement stipulation de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien modifié. Par un arrêté du 6 décembre 2022, le préfet de police lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 30 janvier 2023, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle doivent être rejetées.
Sur le refus de renouvellement du titre de séjour :
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour délivré à Mme B sur le fondement des stipulations précitées, le préfet de police s'est fondé sur l'avis émis le 19 juillet 2022 par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a considéré que, si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Mme B produit, toutefois, au dossier de nombreux certificats émanant d'un praticien hospitalier en médecine interne dont le dernier, daté du 10 janvier 2023, et donc postérieur à la décision attaquée mais qui révèle son état antérieur et qui indique que l'intéressée a développé des troubles chroniques au niveau cutané du membre inférieur droit sous forme de carcinomes épidermoïdes qui ont nécessité des greffes de peau à répétition et qui doivent se poursuivent afin d'éviter toute complication alors que le traitement par greffe de peau à répétition n'existe pas en Algérie et qu'une absence de traitement aurait pour elle des conséquences gravissimes. Il ressort effectivement des pièces du dossier que la requérante souffre de séquelles chroniques développées en conséquence d'un purpura fulminans, maladie rare contractée durant l'enfance, ayant entraîné de nombreuses pathologies et, en particulier, une ulcération chronique de la jambe droite, qui a nécessité, depuis la prise en charge de sa pathologie en France, à compter de l'année 2014, de nombreuses hospitalisations pour des greffes de peau à répétition et une opération, conduite avec succès, en 2016 suite au développement d'un cancer épidermoïde qui a pu être pris en charge suffisamment tôt et doit toujours faire l'objet d'un contrôle régulier. Il ressort également des pièces du dossier que, en absence d'une prise en charge suffisamment rapide des ulcères chroniques dont elle est atteinte, Mme B encoure le développement d'autres cancers ou d'amputation de sa jambe. Ainsi, et alors au demeurant que la requérante a de nouveau été hospitalisée postérieurement à la décision attaquée afin de subir de nouvelles greffes de peau à répétition et qu'un praticien algérien a confirmé récemment pas mail que les greffes de peau adaptées à cette pathologie n'étaient toujours pas disponibles en Algérie, les pièces produites au dossier sont suffisamment circonstanciées pour remettre en cause l'appréciation du collège des médecins de l'OFII quant à l'existence d'un traitement effectif disponible en Algérie. Ces éléments ne sont pas utilement contredits par la production par le préfet de police, dans le cadre de la présente instance, d'un article de presse algérien daté de 2018 intitulé " greffe d'organes en Algérie : beaucoup reste à faire ", qui souligne que la greffe d'organes et de tissus reste difficile à promouvoir dans ce pays et que, si on compte deux centres de greffe pour les tissus, cela reste insuffisant au vu du nombre de malade en attente d'une greffe. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que le préfet de police a, en refusant de renouveler son titre de séjour, méconnu les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et à demander, pour ce motif, l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police délivre à Mme B un certificat de résidence portant mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Il lui sera enjoint de procéder à cette délivrance dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pigot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à celui-ci de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 6 décembre 2022, par lequel le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " à Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pigot la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pigot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission de l'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à Me Pigot et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Roussier, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La rapporteure,
S. C
Le président,
P. LaloyeLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301061/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026