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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301274

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301274

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301274
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, Mme A, représentée par Me Sangue, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de la prendre en charge ainsi que son enfant, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à leur conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition relative à l'urgence est remplie, dénuée de toute possibilité d'hébergement elle vit à la rue avec son enfant, né le 14 décembre 2022 ;

- cette absence d'hébergement met en danger l'intégrité physique de son enfant ;

- la France a été condamnée par la cour européenne des droits de l'Homme le

8 décembre 2022, en raison d'une absence de mise à l'abri, en l'absence de proposition d'hébergement.

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

- la carence de l'administration à leur proposer un hébergement porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent l'intérêt supérieur de l'enfant et le principe du respect de la personne humaine ;

- ses tentatives pour joindre le numéro d'urgence " 115 " sont restées vaines.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut à titre principal à sa mise hors de cause au profit de la Ville de Paris et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés et qu'aucune carence caractérisée constitutive d'une atteinte à une liberté fondamentale n'est établie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Véronique Hermann Jager, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 20 janvier 2023, en présence de Mme Maury greffière d'audience, Mme C B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Sangue, représentant Mme A, présente, qui reprend en substance les éléments contenus dans la requête, en précisant que Mme A est hébergée exceptionnellement par l'association Utopia, que seules les tentatives ayant abouti à joindre le 115 sont prises en compte dans les justificatifs d'appels et qu'il est nécessaire qu'elle obtienne avec son enfant âgé d'un peu plus d'un mois un hébergement pérenne.

- les observations de Me Falala, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris qui fait valoir que la requête ne comporte pas les précisions suffisantes pour établir la situation personnelle de Mme A et permettre, par conséquent, d'en appréhender la réalité et l'urgence, que le département de Paris doit être mis en cause eu égard à la circonstance qu'il s'agit d'une famille avec un enfant de moins de trois ans et qu'en tout état de cause, dans les circonstances de l'espèce, aucune carence caractérisée ne saurait être reprochée à l'Etat quant à son obligation d'hébergement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les conclusions du préfet de Paris tendant à sa mise hors de cause et à la mise en cause du département de Paris :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu du premier alinéa de l'article

R. 522-1 du code, la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 19 août 1996, au vu de l'extrait d'acte de naissance qu'elle joint au soutien de sa requête, ne justifie, alors qu'il lui appartient d'établir aussi précisément que possible sa situation pour permettre au juge d'apprécier le bien-fondé de sa demande et d'en caractériser ainsi l'urgence, ni de la date de son entrée en France, ni la durée de son séjour sur le territoire français, ni même de l'état civil de l'enfant qui l'accompagne, lequel porte un autre nom que le sien, seul un duplicata d'un carnet de santé de l'enfant étant joint à sa requête. Elle ne démontre pas davantage qu'elle aurait essayé, en vain, d'entrer en contact avec le Samusocial, via le numéro de téléphone dédié, en vue d'obtenir un hébergement. Les documents produits par ses soins, faisant état de huit appels, qui sont censés justifier de ses tentatives infructueuses auprès du numéro d'urgence, sont dépourvus de toute précision, et ne sont corroborés par aucune preuve tangible d'appel par ses soins. Ces éléments insuffisants ne permettent ainsi pas de constater que l'intéressée a bien tenté, en vain, d'obtenir d'un hébergement. Compte tenu de l'absence d'élément précis et circonstanciés au soutien de ses conclusions tant pour ce qui est de sa situation personnelle que pour ce qui est de la réalité de ses appels au 115, Mme A n'établit pas la réalité de sa situation au regard de l'hébergement. Par suite, eu égard à ce qui précède, Mme A ne justifie pas de l'existence d'une carence caractérisée du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, dans l'exercice de la mission qui lui incombe en vertu des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Il résulte de tout ce qui précède que sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, au préfet de Paris, préfet de la région Ile-de-France et à Me Sangue.

Fait à Paris, le 20 janvier 2023.

La juge des référés,

V. Hermann B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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