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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301376

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301376

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantROSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 19 janvier 2023 et le 1er mars 2023, M C D, représenté par Me Rosin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de police, d'une part, lui a retiré sa carte de résident valable du 7 mars 2012 au 6 mars 2022, ainsi que les récépissés de demande de renouvellement valables du 23 mars 2022 au 11 mai 2022, renouvelés jusqu'au 30 septembre 2022, et d'autre part, a refusé le renouvellement de sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour temporaire valable un an portant la mention " salarié ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant retrait de sa carte de résident valable de 2012 à 2022 :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de sa carte de résident :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par exception d'illégalité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par exception d'illégalité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision implicite de rejet de son recours gracieux :

- il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2023.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision rejetant implicitement sa demande de carte de séjour salarié, une telle décision étant inexistante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain né le 4 mai 1968, s'est vu délivrer une carte de résident de dix ans valable du 7 mars 2012 au 6 mars 2022 dont il a sollicité le renouvellement. Il a été muni de récépissés valables du 23 mars 2022 jusqu'au 11 mai 2022. Par un arrêté du 19 décembre 2022, le préfet de police a décidé de lui retirer sa carte de résident ainsi que ses récépissés, de refuser de renouveler sa carte de résident, et de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté son recours gracieux :

2. Il ressort des pièces du dossier que le 2 février 2023, soit postérieurement à l'introduction de sa requête, M. D a présenté un " recours gracieux " contre l'arrêté du 19 décembre 2022. Il ressort des termes de ce recours qu'il s'agit en réalité d'une demande de titre de séjour mention " salarié ". Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfecture de police aurait enregistré cette demande pour l'instruire. Aucune décision implicite de rejet n'est donc née à ce stade. En tout état de cause, il reviendrait à M. D, s'il s'y croit fondé, de contester une éventuelle décision de refus de sa demande de titre de séjour, par l'introduction d'une nouvelle requête. Les conclusions susvisées doivent donc être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022 :

3. Par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B, attachée d'administration de l'Etat, cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, placée sous l'autorité de la cheffe du pôle de l'instruction des demandes de titre de séjour, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté, doit être écarté.

S'agissant de la décision portant retrait de sa carte de résident valable de 2012 à 2022 :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 29 juillet 2022, que ne conteste pas avoir reçu M. D, le préfet de police, après avoir informé ce dernier de son intention de procéder au retrait de sa carte de résident et de ses récépissés, l'a mis à même de présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident d'un étranger qui a quitté le territoire français et a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmée, de même que la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " accordée par la France lorsque son titulaire a résidé en dehors du territoire des Etats membres de l'Union européenne pendant une période de plus de trois ans consécutifs. La période mentionnée au premier alinéa peut être prolongée si l'intéressé en a fait la demande avant son départ de France ou pendant son séjour à l'étranger. En outre, est périmée la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " accordée par la France lorsque son titulaire a, depuis sa délivrance, acquis ce statut dans un autre Etat membre de l'Union européenne, ou lorsqu'il a résidé en dehors du territoire national pendant une période de six ans consécutifs. "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a déclaré avoir séjourné en dehors de France entre 2016 et 2022, ce qu'il ne conteste pas. S'il soutient qu'il n'a pu revenir plus tôt, en raison de la pandémie liée à la Covid 19, il ne conteste pas, en tout état de cause, avoir quitté le territoire français dès 2016. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de sa carte de résident :

7. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application pour refuser la délivrance d'une carte de résident à M. D. Il mentionne également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de refuser de lui accorder une carte de résident. La circonstance que l'arrêté ne mentionne pas l'activité professionnelle de M. D n'est pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen, le préfet de police n'étant pas saisi d'une demande de titre de séjour " salarié " contrairement à ce que soutient le requérant.

9. En troisième lieu, la circonstance que M. D exerce une activité professionnelle depuis son retour en France le 2 mars 2022, ne constitue pas un motif lui permettant d'obtenir une carte de résident. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Les moyens tirés de l'exception d'illégalité et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 19 décembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M C D, au préfet de police et à Me Rosin.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Giraudon, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- Mme Castéra, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

A. A

La présidente,

M.-C. GiraudonLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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