vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2301408 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CAMILLE MIALOT AVOCAT (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, M. B C, représenté par la SELARL Mialot Avocats, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel la maire de Paris a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de dix-huit mois ;
2°) d'enjoindre à la ville de Paris de le réintégrer dans ses fonctions à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
- que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors que la décision attaquée le prive de sa source principale de revenus, le plaçant dans une situation de difficulté économique, et porte atteinte à sa réputation ;
- qu'il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision : en effet, elle a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le conseil de discipline n'a pas été présidé par un magistrat de l'ordre administratif comme le prévoit l'article 31 de la loi du 26 janvier 1984, devenu l'article L. 264-1 du code général de la fonction publique, dans la mesure où l'article 9 du décret du 24 mai 1994 ne pouvait déroger à ces dispositions ; elle a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière en raison du défaut d'impartialité du conseil de discipline, dans la mesure où la présidente du conseil de discipline est membre de l'inspection générale dont le rapport est à l'origine de la procédure disciplinaire, où l'auteur du rapport d'enquête de l'inspection générale a assisté au conseil de discipline, où le suppléant d'un témoin de l'enquête a siégé, et où la composition du conseil de discipline a méconnu l'objectif de parité de l'article 54 de la loi du 12 mars 2012, devenu article L. 262-2 du code général de la fonction publique ; elle repose sur des faits matériellement inexacts et non établis ; elle est entachée d'une erreur de qualification juridique, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas constitutifs d'une faute ; la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir :
- que la perte de revenus liée à la sanction ne permet pas de caractériser une situation d'urgence compte tenu des autres revenus du requérant ;
- que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le dossier de la requête au fond enregistrée le sous le n° 2301407 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique,
- le décret n° 89-229 du 17 avril 1989 relatif aux commissions administratives paritaires des collectivités territoriales et de leurs établissements publics,
- le décret n° 89-667 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux,
- le décret n° 94-415 du 24 mai 1994 portant dispositions statutaires relatives aux personnels des administrations parisiennes,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 6 février 2023, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Poulard, représentant M. C, et de Mme A, représentant la Ville de Paris.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, professeur d'enseignement artistique des conservatoires de Paris de classe normale, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel la maire de Paris a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de dix-huit mois.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. La décision litigieuse prive M. C des revenus réguliers de son salaire de professeur pendant dix-huit mois. En outre, par l'atteinte à sa réputation professionnelle et la perte d'une fonction prestigieuse, elle préjudicie inévitablement à la poursuite de sa carrière de professeur et de musicien. Dans ces conditions, la décision attaquée porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, de nature à caractériser l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. En second lieu, il ressort des motifs de la décision contestée que M. C, affecté depuis 2002 au Conservatoire de rayonnement régional de Paris, a été sanctionné pour avoir eu un comportement inapproprié et des gestes déplacés à l'égard d'une élève dont il a été le professeur de piano de 2015 à 2019, pour avoir eu une attitude blessante, voire humiliante, à l'égard de certains élèves et des gestes de rectification de posture présentant une certaine ambiguïté, pour avoir tenu des propos sexistes lors d'un jury, et pour avoir accueilli des élèves pour des cours privés à son domicile, malgré l'interdiction qui en est faite par la direction des affaires culturelles. Si certains propos qu'il est fait grief à M. C d'avoir tenus, pour l'essentiel lors d'affectations antérieures, résultent de témoignages peu circonstanciés, et s'il n'est pas établi que les faits litigieux pourraient constituer une infraction pénale, la ville de Paris confirmant à cet égard à l'audience qu'aucun signalement sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale n'avait finalement été opéré, l'ensemble des pièces produites permet néanmoins de caractériser de la part de M. C un comportement souvent inadapté et des propos parfois déplacés à l'égard de ses élèves, et plus particulièrement à l'égard d'une élève dont il a été le professeur de 2015 à 2019, suffisamment graves pour justifier le prononcé par la ville de Paris d'une sanction disciplinaire. Pour autant, au regard des témoignages produits, et notamment de celui de cette élève dont il a été le professeur de 2015 à 2019, et de l'ancienneté de certains faits évoqués, le moyen tiré de la disproportion de la sanction avec les faits reprochés apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède que M. C peut prétendre à la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 3 janvier 2023 par lequel la maire de Paris a prononcé son exclusion temporaire de fonctions pour une durée de dix-huit mois à compter du 1er février 2023 jusqu'à ce que le tribunal se soit prononcé sur les conclusions tendant à son annulation ou que l'autorité administrative ait pris une nouvelle décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. La présente ordonnance, qui suspend l'exécution de la décision du 3 janvier 2023, implique que M. C soit réintégré, à titre provisoire, dans ses fonctions, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : L'exécution de l'arrêté en date du 3 janvier 2023 par lequel la maire de Paris a prononcé l'exclusion temporaire de fonctions de M. C pour une durée de dix-huit mois à compter du 1er février 2023 est suspendue jusqu'à ce que le tribunal se soit prononcé sur les conclusions tendant à son annulation ou que l'autorité administrative ait pris une nouvelle décision.
Article 2 : Il est enjoint à la ville de Paris de réintégrer, à titre provisoire, M. C dans ses fonctions dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La ville de Paris versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à la ville de Paris.
Fait à Paris le 17 février 2023.
Le juge des référés,
C. D
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026