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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301515

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301515

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 janvier, 14 février et 4 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Baouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en l'informant qu'un décision d'interdiction de retour serait prise en cas d'inexécution de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- en considérant que l'absence d'autorisation de travail faisait obstacle à la délivrance d'un titre de séjour, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le préfet a méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 311-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation ;

En ce qui concerne une interdiction de retour sur le territoire français :

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- et les observations de Me Baouali, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, née le 6 janvier 1984 est entrée en France le 8 octobre 2018 selon ses déclarations. Le 25 mai 2022, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 16 décembre 2022, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jour a fixé le pays de renvoi et l'a informée qu'en cas d'inexécution, une décision portant interdiction de retour sur le territoire français allait être prise.

2. En premier lieu, le refus de titre de séjour vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il est fondé, rappelle les circonstances de l'entrée et du séjour sur le territoire français de Mme B, expose sa situation, professionnelle, privée et familiale et énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles elle ne remplit pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour et doit quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Par suite, cet arrêté qui permet de vérifier que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressée est suffisamment motivé.;

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet se soit fondé sur le motif tiré de l'absence d'autorisation de travail pour rejeter la demande de Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait doivent être écartés.

5. Si Mme B justifie d'une ancienneté sur le territoire français depuis le

8 octobre 2018 et exercer une activité professionnelle depuis novembre 2019 en qualité de vendeuse, d'abord en contrat à durée déterminée puis par un contrat à durée indéterminée conclu en mai 2021, son ancienneté au séjour et au travail sont récentes. Par ailleurs, si la sœur de Mme B réside régulièrement en France, il n'est pas contesté comme l'indique l'arrêté attaqué que ses parents et ses frères résident dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Dans ces conditions et malgré sa bonne insertion, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ou d'erreur de fait, que le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Pour les mêmes motifs, l'arrêté contesté du préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet, qui n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions contestées sur la situation personnelle du requérant, n'a pas davantage méconnu les dispositions L. 425-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris les dispositions du 7° de l'article L. 311-11 du même code.

6. En dernier lieu et à supposer que Mme B soutienne que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'apporte pas de précisions suffisantes permettant d'apprécier la portée et le bien-fondé de ce moyen qui ne peut, par suite, qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Nikolic, présidente,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

La présidente,

F. NIKOLIC

La greffière,

V. LAGREDE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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