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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301672

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301672

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2023, Mme A C , représentée par Me Bouteaud, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour à la suite de sa demande du 2 novembre 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

-elle est maintenue sous récépissés depuis 3 ans sans que sa situation soit réglée et le dernier était valable jusqu'au 29 décembre 2022 ; la décision attaquée la maintient en situation précaire alors qu'elle a toute sa famille en France dont ses deux enfants et son mari ; elle est en contrat de professionnalisation depuis avril 2022 et risque de perdre cet emploi ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

-la décision attaquée n'est pas motivée et les motifs ne lui ont pas été communiqués à la suite de sa demande du 2 novembre 2022;

-elle est entachée d'un défaut d'examen ;

-elle méconnait son droit au séjour ;

-elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle réside en France depuis l'âge de 5 ans, son conjoint a une carte de résident et un de ses enfants est français.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

-la requête enregistrée sous le numéro 2301670 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 2 février 2023, en présence de M. Boucher, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

-les observations de Me Bouteaud, pour Mme C, qui reprend les moyens et conclusions de la requête ;

- et les observations de Me Zerad, pour le préfet de police, qui demande le rejet de la requête et fait valoir qu'un nouveau récépissé a été délivré à la requérante et que sa demande est toujours en cours d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne, née le 15 août 1995, est entrée en France avec toute sa famille à l'âge de 5 ans. Par décret du 26 novembre 2015, elle a obtenu la nationalité française qui toutefois lui a été retirée pour fraude par décret du 5 avril 2019. Elle a alors sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " et a été convoquée le 16 janvier 2020. Elle a ainsi obtenu des récépissés de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler valables du 16 janvier 2020 au 29 décembre 2022. Elle demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

Sur l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'étranger.

4. En l'espèce, la décision attaquée qui maintient Mme C en situation précaire depuis trois ans alors qu'elle est présente en France depuis l'âge de 5 ans et dont la famille est en situation régulière, un de ses enfants étant d'ailleurs de nationalité française, porte une atteinte grave et immédiate à sa situation au regard de la durée particulièrement excessive du traitement de son dossier, sans que le préfet de police, représenté lors de l'audience, n'ait donné d'explication sur ce délai. La circonstance qu'un nouveau récépissé lui ait été délivré le 3 janvier 2023 ne rend pas sans objet sa demande et ne remet pas en cause l'urgence de sa situation dès lors qu'elle reste maintenue sous récépissé sans explication. La condition d'urgence est donc remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la requérante justifie de l'intensité et la stabilité de sa vie privée et familiale en France y résidant depuis l'âge de 5 ans, son conjoint disposant d'une carte de résident et un de ses enfants étant de nationalité française est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Dès lors, les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision contestée du préfet de police refusant de délivrer à Mme C un titre de séjour mention " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par la requérante dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, il y a également lieu de lui enjoindre de lui remettre, dès la notification de l'ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour mention " vie privée et familiale" est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, il y a également lieu de lui enjoindre de lui remettre, dès la notification de l'ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Le préfet de police versera à Mme C la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 3 février 2023.

La juge des référés,

J. EVGENAS

La République mande et ordonne au ministre l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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