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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301751

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301751

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET LOIRE, HENOCHSBERG (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 janvier et 13 février 2023, M. C D, représenté par Me Henochsberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la régularité de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, notamment en l'absence des mentions prévues par l'arrêté du 27 décembre 2016 et les signatures des médecins ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus de titre qui est entachée d'illégalité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la régularité de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, notamment en l'absence des mentions prévues par l'arrêté du 27 décembre 2016 et les signatures des médecins ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français qui est entachée d'illégalité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la régularité de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, notamment en l'absence des mentions prévues par l'arrêté du 27 décembre 2016 et les signatures des médecins ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Grisolle, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant ivoirien né le 27 juillet 1971, entré en France le 1er janvier 2019 selon ses déclarations, a sollicité le 18 mai 2022 le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 11 octobre 2022, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination. M. D en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ".

3. Pour refuser de délivrer à M. D un titre de séjour, le préfet de police a estimé, ainsi que l'avait fait le collège de médecins de l'OFII dans son avis du 5 septembre 2022, que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Côte-d'Ivoire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. D, qui a levé le secret médical au cours de l'instance, précise qu'il a subi une amputation des deux avant-pieds en 2017 et qu'il en conséquence été opéré pour une arthrodèse calcanéenne par fixateur externe avec allongement tibial en avril 2021. En décembre 2022, postérieurement à l'arrêté attaqué, une cure de pseudarthrose au niveau de l'arthrodèse tibio-calcannéene et de la fracture tibiale non consolidée a été programmée et l'intéressé a bénéficié d'une intervention chirurgicale à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu pour traiter cette infection. M. D produit deux certificats médicaux des 22 décembre 2022 et 2 février 2023, établis par le Dr A, praticien hospitalier au sein du service de chirurgie orthopédique de l'hôpital Saint-Antoine, précisant que M. D est suivi dans le cadre d'une reconstruction d'une lésion complexe du pied gauche nécessitant plusieurs interventions chirurgicales avec une technologie qui ne peut être dispensée dans son pays d'origine, et qu'un défaut de prise en charge aurait des conséquences de très grande gravité sur la fonction du membre inférieur gauche et sa capacité à marcher. Il produit également un certificat médical du 12 janvier 2023 établi par le Dr de Champs Léger, médecin généraliste exerçant à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, indiquant qu'il est suivi dans cet établissement depuis décembre 2019 et que sa situation médicale précaire nécessite un suivi spécialisé et rapproché. Ce document précise également que M. D souffre de diabète insulino-dépendant et d'hypertension artérielle. Ces certificats, quoique postérieurs à l'arrêté attaqué, se rattachent à l'évolution de la pathologie de M. D et éclairent dès lors la situation médicale de l'intéressé. L'ensemble de ces éléments démontrent suffisamment que la pathologie dont souffre M. D nécessite un suivi post-chirurgical très spécialisé, dans le cadre de la reconstruction d'une lésion complexe et des soins qui ne sont pas disponibles en Côte d'Ivoire. Si le préfet de police produit des documents relatifs à des centres orthopédiques en Côte d'Ivoire et à l'existence d'un mécanisme de couverture maladie universelle pour la prise en charge des personnes les plus modestes, ces éléments ne sont pas de nature à remettre pas en cause les éléments versés au dossier par M. D. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Henochsberg, avocat de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Henochsberg de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 octobre 2022 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Henochsberg en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Henochsberg renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Henochsberg et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. VersolLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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