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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301824

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301824

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301824
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2023, M. B F et Mme E A, agissant tant en leur nom qu'en tant que représentant légal de leur enfant mineur, D F, représentés par Me Djemaoun, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de les prendre en charge dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que, compte tenu des conditions climatiques actuelles, ils vivent à la rue avec leur enfant âgé d'un mois et qu'ils n'ont bénéficié d'un hébergement d'urgence qu'à trois reprises depuis la naissance de leur fille ; ils se trouvent dans une situation de détresse sociale au sens des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;

- la carence de l'administration à leur proposer un logement porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent notamment le droit à l'hébergement d'urgence, l'intérêt supérieur de l'enfant et le principe de dignité de la personne humaine et au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au non-lieu à statuer sur la demande d'injonction et au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir qu'il justifie de l'hébergement de la famille à compter du 27 janvier 2023.

Par un mémoire enregistré au tribunal le 31 janvier 2023 Mme A et M. F déclarent persister dans toutes leurs conclusions.

Ils font valoir que la preuve du long séjour n'est pas rapportée conformément aux dispositions des articles L.345-2-2 et L.345-2-3 du code de l'action sociale et des familles

Une pièce complémentaire a été produite par le préfet de région enregistrée le 31 janvier 2023.

Vu la note en délibéré, présentée par les requérants, enregistrée au tribunal le 31 janvier 2023 ;

Vu la note en délibéré présentée par le préfet de région Ile-de-France, préfet de Paris enregistrée au tribunal le 31 janvier 2023 ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Koltcheva, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Djemaoun, représentant Mme A et M. F ;

- les observations de Me Gorse, substituant Me Falala, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, qui maintient ses conclusions à fin de non-lieu.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :

4. Il résulte des pièces complémentaires produites par les requérants et en particulier d'un SMS qui leur a été envoyé en date du 27 janvier 2023 que leur hébergement est accepté 3 avenue des 3 fontaines à Cergy du 27 janvier au 1er février 2023. Ils font dès lors valoir que leur hébergement d'urgence est assuré seulement jusqu'au 1er février 2023 et que, dès lors, l'Etat n'a pas déféré aux obligations qui lui incombent en vertu des dispositions mentionnées au point 2 de la présente ordonnance. Toutefois, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris produit en défense, un courrier en date 31 janvier 2023, soit postérieur au SMS précité, indiquant que le ménage " Kone/Diabate est orienté depuis le 27 janvier à l'hôtel 1ère classe Cergy 3 avenue des 3 fontaines à Cergy, qu'il sera bien fait l'objet d'une continuité de prise en charge et que le ménage est fléché comme tel auprès du SIA Paris afin d'éviter une rupture d'hébergement ". Il y a dès lors lieu de faire droit à l'exception de non-lieu soulevée en défense. Les conclusions de la requête aux fins d'injonction sont dès lors devenues sans objet.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

5. Au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A et M. F au titre des dispositions précitées

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête de M. F et Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B F, Mme E A, à Me Djemaoun et au ministre de la santé et de la prévention.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 31 janvier 2023.

Le juge des référés,

P. C

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9

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