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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301875

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301875

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantSOUSSAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2023 et des pièces complémentaires, enregistrées le 22 février, 2023, M. A D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'acte attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas, présidente de section, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique, tenue le 22 février 2023, en présence de Mme Maurice, greffière :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Soussan, avocat commis d'office pour M. D, présent, assisté d'un interprète, qui relève que des certificats médicaux ont été produits faisant état de pathologies pour lesquelles le requérant est suivi en France et qu'il ne pourrait pas avoir un traitement approprié au Bangladesh.

La clôture de l'instruction ayant été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. D, ressortissant bangladais né le 1 juin 1965 est entré en France en 2018 selon ses indications. Il a vu sa demande de protection internationale rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 mars 2019, rejet confirmé une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 août 2021. Par un arrêté du 25 janvier 2023, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à l'issue de ce délai. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

2.En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné à M. B E, adjoint au chef de la division des reconduites à la frontière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

4.L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment le 4° de l'article L611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise, d'une part que la demande d'asile de M. D a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 29 mars 2019, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 août 2021. Par ailleurs, l'arrêté indique également que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et précise, en outre, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale. Il en résulte que l'arrêté contesté est suffisamment motivé en droit et en fait. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé ne peuvent être qu'écartés.

5.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; / e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; (). ".

6.Il ressort des pièces du dossier que, par une décision en date du 29 mars 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile de M. D. Cette décision a été confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 20 août 2021. Le requérant entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions susvisées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet de police, qui pouvait légalement prononcer la décision attaquée sur le fondement des dispositions précitées, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit. Le moyen doit donc être écarté.

7.En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

8. Si le requérant fait état de diverses pathologies pour lesquelles il est pris en charge en France, les certificats médicaux produits, datés de décembre 2021, mars 2022 et de février 2023, rédigés en termes généraux ne font pas état d'une situation particulière de gravité et ne témoignent pas d'un suivi spécialisé du requérant sur le territoire français ni n'établissent qu'il ne pourrait pas être pris en charge dans son pays d'origine, ni que les conséquences d'une absence de soins seraient d'une exceptionnelle gravité. Il n'a d'ailleurs pas demandé de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Ce moyen doit donc être écarté.

9.Enfin si le requérant invoque une erreur manifeste d'appréciation, il ne fait état d'aucune insertion particulière sur le territoire français et ne justifie donc pas que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle. Ce moyen doit donc être écarté.

10.Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet de police en date du 25 janvier 2023. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Soussan et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

La magistrate désignée,

J. EVGENAS La greffière,

A. MAURICE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-1

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