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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301959

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301959

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301959
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2023, et un mémoire, enregistré le 5 avril 2023, Mme C A, représentée par Me Traore (SAS Itra Consulting), demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une convocation pour le renouvellement de sa carte de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle a vainement sollicité un rendez-vous auprès de la préfecture de police de Paris depuis octobre 2022 pour renouveler son titre de séjour mention " vie privée et familiale ; si elle n'a pu entamer ces démarches deux mois avant l'expiration de son titre de séjour en raison de son absence du territoire pour raisons sanitaires, elle a effectué toutes les diligences nécessaires dès qu'un visa de retour lui a été délivré par les autorités consulaires françaises d'Abidjan ; toutefois, ce visa a expiré le 14 novembre 2022 et, par suite, elle se trouve actuellement en situation irrégulière et précaire et ne peut être assurée d'être admise à bénéficier sereinement des soins qu'exige son état de santé ;

- l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de présenter un document justifiant du dépôt de la demande de renouvellement de son titre de séjour et ainsi de la régularité de son séjour en France, porte une atteinte grave au droit qui est le sien comme pour tout étranger en situation irrégulière d'accéder au service public afin de faire une demande de régularisation administrative ;

- la carence de l'administration porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale d'aller et venir, au droit de recevoir des soins conformément à l'article L1110-5 du code de la santé publique, au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cette carence résultant d'un dysfonctionnement des services préfectoraux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas démontrée dès lors, notamment, que les tentatives de prises de rendez-vous par Mme A ont été effectuées par l'intermédiaire de son conseil et non par elle-même et que celles-ci sont peu nombreuses.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la Constitution,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2023 à 14 heures, en présence de Mme Boudina, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Maimouna Abdou, substituant Me Traoré, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête, par les mêmes moyens, en admettant qu'une erreur de plume explique la mention " référé mesures utiles " dans l'intitulé de cette requête ; elle souligne, en outre, l'état de vulnérabilité de Mme A et indique, enfin, qu'elle produira les éléments les plus récents disponibles sur les soins actuellement reçus;

- et les observations de Mme A, qui explique que, après son retour en Côte d'Ivoire pour raisons sanitaires, elle n'a pu être prise en charge par ses enfants et a décidé de revenir en France, qu'un visa de retour lui a été délivré à Abidjan dans ce cadre par les autorités consulaires françaises, et confirme qu'elle est aidée par sa famille et hébergée chez sa sœur et son beau-frère, présent, qui confirme les faits.

La clôture de l'instruction a été différée à l'issue de l'audience publique, jusqu'au 5 avril 2023 à 12 heures, en vue de la production de documents annoncés à l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Mme C A, ressortissante ivoirienne née le 16 mars 1961, en possession d'une carte de séjour portant mention " vie privée et familiale ", valable du 16 janvier 2021 au 15 janvier 2022, n'a pu demander le renouvellement de ce titre deux mois avant la date d'expiration, en raison de son absence de France, pour raisons sanitaires. Un visa de retour, lui permettant de regagner le territoire français, lui a cependant été délivré par les autorités consulaires françaises d'Abidjan, mais a expiré le 14 novembre 2022. Eu égard à ses écritures et en dépit de l'intitulé erroné de sa requête, reconnu à l'audience, Mme A, qui a vainement tenté d'obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture de police pour déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, doit être regardée comme fondant sa demande en référé sur les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. La circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulièrement requise par l'article L. 521-2 est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.

4. En l'espèce, Mme A soutient que l'urgence de sa situation est caractérisée dès lors qu'elle ne parvient pas à déposer une demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire qui lui avait été délivrée en sa qualité d'étranger malade et qui a expiré. Elle établit, par les nombreuses captures d'écran produites, qu'elle s'est efforcée, à compter du mois d'octobre 2022, d'obtenir un rendez-vous sur le site internet de la préfecture de police et qu'elle n'a reçu que des réponses automatiques d'indisponibilité, sans accéder à aucune assistance par téléphone ou par courrier, en dépit de deux courriels du 22 novembre 2022 et du 30 novembre 2022, qui n'ont donné lieu en retour qu'à des messages stéréotypés, ainsi que d'un courrier du 2 décembre 2022, qui n'a été suivi que d'une invitation, en date du 18 janvier 2023, émanant du service de l'administration des étrangers, à se connecter au site " démarches simplifiées-1ère demande-jeune majeur ", qui, à l'évidence, n'était pas à même de traiter sa demande. Si elle ne conteste pas n'avoir pas effectué dans le délai réglementaire les démarches en vue du renouvellement de sa carte de séjour temporaire, Mme A démontre, en particulier par la production d'un compte rendu d'hospitalisation en date du 27 décembre 2021 de l'hôpital Saint-Joseph de Paris, faisant suite à un accident vasculaire cérébral, que son rapatriement en Côte d'Ivoire alors que sa carte de séjour était encore valide, a été décidé par les médecins en concertation avec sa famille en raison de l'impossibilité pour cette dernière de la prendre alors en charge à domicile. Toutefois, ainsi que Mme A le précise, sans être contredite, ses enfants résidant en Côte d'Ivoire n'ont pu l'accueillir, ce qui l'a déterminée à revenir en France pour y recevoir les soins nécessités par le cancer traité à l'Institut Curie de Paris depuis 2020. Ces soins sont en cours, ainsi qu'il ressort des pièces produites dans le cadre du supplément d'instruction, consistant en des comptes rendus d'examens et des ordonnances établis par l'Institut Curie à compter du mois d'octobre 2022, qui n'avaient pas été communiquées à l'appui du précédent référé, introduit le 6 décembre 2022. Enfin, Mme A établit que sa carte d'invalidité a expiré, comme sa carte de mobilité inclusion, à la fin du mois de décembre 2022 et qu'elle ne peut en demander le renouvellement, faute d'être en situation régulière. Dans ces conditions, le maintien de Mme A dans une situation irrégulière du fait de la procédure mise en place par l'administration accroît sa précarité et le refus de lui fixer un rendez-vous l'expose à une mesure d'éloignement du territoire. Dès lors Mme A, en dépit de la tardiveté avec laquelle elle a entamé ses démarches, justifie se trouver dans la situation d'urgence particulière prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : () 3° Une carte de séjour temporaire ().

6. La situation ci-dessus décrite au point 4 quant aux dysfonctionnements de la plateforme de prise de rendez-vous de la préfecture de police a pour effet de maintenir Mme A en situation irrégulière sans qu'aucune solution lui soit proposée et porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et de venir de l'intéressée ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer un rendez-vous à Mme A dans les plus brefs délais à compter de la notification de la présente ordonnance afin de permettre à la requérante de déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer le récépissé correspondant, sous réserve du dépôt d'un dossier complet, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros, à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :'

Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de convoquer Mme A dans les plus brefs délais en vue de lui permettre de déposer une demande de titre de séjour, ainsi que le récépissé devant lui être délivré à l'issue de ce dépôt dans le cas où son dossier serait complet.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copies-en sera adressée au préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 6 avril 2023.

La juge des référés,

D. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9

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