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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302048

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302048

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantOPOKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 27 janvier 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. B E.

Par cette requête, enregistrée le 20 décembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Versailles, et le 27 janvier 2023 au greffe du tribunal de Paris, M. B E, représenté par Me Opoki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an,

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, ainsi que de celle de son épouse, et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 2 février 2023, prise en application de l'article R. 776-11 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que la clôture d'instruction est fixée au 15 mars 2023 à 12 heures.

Vu l'arrêté attaqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. D a présenté son rapport au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant géorgien, est entré sur le territoire français le 5 janvier 2019 afin de solliciter le statut de réfugié ou la protection subsidiaire, selon ses déclarations. Il a fait l'objet, le 6 juillet 2020, d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français lui accordant un délai de départ volontaire de 30 jours. M. E n'a pas exécuté cette obligation et s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. Le préfet des Yvelines a, par un arrêté du 18 décembre 2022, obligé M. E à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. E demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions contestées comportent toutes l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour les prendre. Le préfet a ainsi procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E avant de l'obliger à quitter le territoire français sans délai. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ", et aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. E déclare vivre en concubinage avec Mme A C dont il ne soutient pas qu'elle résiderait régulièrement sur le territoire français. La cellule familiale peut ainsi se recomposer en Géorgie. Si le requérant fait valoir que son épouse souffre d'une pathologie qui ne pourrait être soignée en Géorgie, il se borne, en tout état de cause et alors que les décisions ne le concernent que lui, à produire un compte rendu d'imagerie médicale qui ne fait état d'aucune pathologie actuelle et de ses conséquences, ni d'un traitement. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines, en prenant les décisions en litige, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

7. Pour contester la décision portant interdiction de retour pendant un an, M. E se borne à énoncer qu'il doit bénéficier de l'exception pour des motifs humanitaires prévue par l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de l'état de santé de santé de son épouse. Toutefois, ainsi, qu'il a été dit au point 6, le requérant ne produit pas les éléments justifiant de l'état de santé de son épouse, et alors, au demeurant, que la décision en litige ne le concerne que lui. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si le requérant soutient qu'il craint d'être exposé à des mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé, non plus en tout état de cause que sa femme ainsi qu'il a été dit au point 6. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

M. Guiader, premier conseiller,

M. Lenoir, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le président-rapporteur,

B. D

L'assesseur le plus ancien,

V. GUIADERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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