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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302102

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302102

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantLENORMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 30 janvier 2023, le président du tribunal administratif de Dijon a transmis en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative la requête, enregistrée le 25 janvier 2023, présentée par M. D A B.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 2 février 2023, M. A B, représenté par Me Lenormand, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 22 janvier 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an ;

3°) à titre subsidiaire de suspendre son exécution jusqu'à ce que l'autorité compétente se prononcer sur son abrogation ;

4°) d'enjoindre à l'administration (sic) de procéder à la suppression de son signalement au SIS et d'apporter la preuve de cette suppression dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation car il ne fait pas état de ce qu'il a déposé une demande de titre de séjour ;

- le préfet a commis une erreur de fait, une erreur de droit et une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle car il avait bien antérieurement déposé une demande de titre de séjour ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-3 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant refus de départ volontaire :

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a commis une erreur de fait, une erreur de droit et une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle car il avait bien antérieurement déposé une demande de titre de séjour ;

- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il ne justifiait pas de garanties supplémentaires.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- le préfet a commis une erreur de droit quant à sa durée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation (sic) quant à sa durée ;

- les décisions attaquées doivent annulées au regard du contrôle en opportunité qu'il exerce ;

- les décisions attaquées doivent être annulées en application du principe d'équité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal,

- les observations de Me Lenormand représentant M. A B qui renonce expressément à ses conclusions à fin de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce que l'autorité compétente se prononcer sur son abrogation et qui soutient en outre que le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation en ne faisant pas état de ce qu'il avait antérieurement déposé une demande de titre de séjour.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 23 janvier 2023 à 18 h 30, le préfet de la Côte-d'Or a obligé M. A B à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 1 an. M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

3. Pour prendre son arrêté, le préfet de la Côte-d'Or s'est fondé notamment sur la circonstance que le requérant " n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour " et " qu'il se maintient donc volontairement en situation irrégulière sur le territoire français sans entamer de démarches pour régulariser sa situation administrative ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment, d'une part, des déclarations du requérant dans le procès-verbal lors de sa retenue pour vérification du droit au séjour du 23 janvier à 12 h 30 que celui-ci a fait expressément état de ce qu'il a engagé une avocate avec qui il a eu un rendez-vous le 20 janvier pour " effectuer " le dossier et qu'elle devait le transmettre à la préfecture de police " aujourd'hui ou demain " et qu'il envoie une copie de ce dossier par E-mail. Enfin, il indique que cela fait un an qu'il entreprend des démarches pour avoir un rendez-vous auprès de ces services et qu'il a payé 1200 euros de frais d'avocat pour accélérer la procédure. D'autre part, le conseil du requérant produit des courriels justifiant qu'elle a bien déposé le 23 janvier 2023 à 17 h 29 soit antérieurement à l'arrêté attaqué une demande d'admission exceptionnelle au séjour pour son client auprès du pôle AES de la préfecture de police et qu'il lui en a été accusé réception par ledit service 2 minutes plus tard. Enfin, il n'est pas contesté par le préfet de la Côte d'Or que ce conseil a bien adressé aux gendarmes du peloton motorisé de Pouilly en Auxois les pièces de ce dossier de demande lors de sa retenue et donc antérieurement à l'arrêté attaqué. Par suite, M. A B est fondé à soutenir que le préfet en prenant cet arrêté à 18 h 30 s'est fondé sur des faits matériellement inexacts et n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation et à en demander l'annulation pour ces deux motifs.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

5. M. A B demande au tribunal d'enjoindre à l'administration (sic) de procéder à la suppression de son signalement au SIS et d'apporter la preuve de cette suppression dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Toutefois, il ne précise pas à quelle personne morale de droit public cette injonction doit être adressée. Par suite, et en tout état de cause, les conclusions susvisées de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension :

6. Le conseil du requérant s'étant expressément désisté de ces conclusions, en tout état de cause, irrecevables, il y a lieu de lui en donner acte.

Sur l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros que demande M. A B au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : M. A B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 23 janvier 2023 du préfet de la Côte-d'Or est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le magistrat désigné,

A. Béal

La greffière

R. Boudina

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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