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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302113

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302113

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantHARCHOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 janvier 2023 et le 13 février 2023, M. A B, représenté par Me Harchoux, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le remettre en liberté et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'est pas établi que la décision de placement en rétention est suffisamment motivée et cette méconnaissance des dispositions de l'article L. 741-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entache l'arrêté contesté d'illégalité ;

- l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 511-1 et 511-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Harchoux, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, abandonne les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 511-1 et L. 511-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et affirme qu'il vit en concubinage depuis six mois avec sa compagne et que celle-ci est enceinte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibérée, présentée par M. B, a été enregistrée le 15 février 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A B, ressortissant algérien, né le

20 juillet 1993, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-041 du 2 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à Mme

Sophie Guiroy, secrétaire générale adjointe de la préfecture, délégation de signature aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par conséquent, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de placement en rétention est insusceptible d'entraîner l'annulation de l'arrêté contesté.

5. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B fait valoir qu'il a quitté l'Algérie depuis plus de huit ans et vit en concubinage depuis six mois avec une ressortissante française, enceinte de deux mois. Toutefois, le requérant n'apporte pas la preuve de l'ancienneté de séjour dont il se prévaut. En outre, la grossesse de sa compagne et leur vie commune, à les supposer établies, présentent un caractère très récent. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B a été signalé à plusieurs reprises auprès des services de police français en 2019 et 2020 et a fait l'objet, le 29 décembre 2019, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation

7. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

8. Si le requérant soutient qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus et sur le fait qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français puisqu'il avait explicitement déclaré son intention de ne pas s'y conformer. Dès lors, le moyen soulevé par le requérant est inopérant.

9. En sixième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si le requérant soutient que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales il n'établit, ni même n'allègue qu'il serait exposé à des risques en cas de retour en Algérie. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2023 du préfet des Haut-de-Seine doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par M. B, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 15 février 2023.

La magistrate désignée,

L. LAFORET

La greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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