lundi 6 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2302463 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2023, M. C F et Mme D B agissant en leur nom et en leur qualité de représentants légaux de leur enfant mineur, M. A F, représentés par Me Sangue, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet compétent de les prendre en charge, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à leur conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à leur bénéfice dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne leur serait pas accordé.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ils sont dénués de toute possibilité d'hébergement et vivent à la rue avec leur enfant âgée de quelques mois dont l'intégrité physique est mise en danger dans le contexte hivernal, alors que la France a été condamnée par la cour européenne des droits de l'homme le 8 décembre 2022, en raison d'une absence de mise à l'abri, en l'absence de proposition d'hébergement ;
- la carence de l'Etat à leur proposer un hébergement d'urgence en application du code de l'action sociale et des familles dans leur situation de vulnérabilité et compte tenu du très jeune âge de leur enfant, porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de ce dernier compte tenu de ce qu'ils ont tenté en vain de joindre le numéro d'urgence " 115 " depuis le 31 mai 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut, au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, il n'existe aucune carence caractérisée des services de l'Etat dès lors que les requérants n'apportent pas d'éléments suffisamment précis pour apprécier si leur situation les place parmi les familles les plus vulnérables ;
- à titre subsidiaire, les refus opposés à leur demande ont tenu à la nécessité de donner la priorité à des familles encore plus vulnérables, compte tenu de la saturation du dispositif général d'hébergement d'urgence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les observations de Me Djemaoun se substituant à Me Sangue, avocat des requérants, qui précise que l'Etat est compétent en matière d'hébergement d'urgence et non pas simplement le département, qu'il n'est pas établi que des familles plus vulnérables auraient dû être logées et qu'aucun élément chiffré n'est donné sur ce point par la préfecture et, enfin, que l'Etat ne peut se décharge de ses missions sur l'association " Utopia 56 " qui n'est pas un service public et n'a que peu de moyens ;
- les observations de Me Théobald, se substituant Me Falala, avocat du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, qui fait valoir que le débat sur la priorité donnée à d'autres familles est sans objet et n'est pas pertinent dès lors qu'il s'agit de faire face à des besoins qui se présentent à flux tendu, que l'âge de l'enfant, s'il est un critère déterminant, n'est pas le seul à prendre en compte , et que les requérants n'ont donné aucune information sur leur situation ;
- les observations de M. F et de Mme B, qui indiquent que lui est entré en 2020 et elle en 2021, qu'ils ont fui chacun des menaces dans leur pays, que M. B a présenté une demande d'asile pour laquelle il a bénéficié de l'allocation pour demandeur d'asile, mais jamais d'un hébergement, et qu'il y a été mis fin à la suite du rejet de sa demande d'asile au mois de septembre 2022, qu'ils ont dormi chez des connaissances jusqu'à ce que Mme B tombe enceinte et que depuis ils ont dû faire appel au " 115 ", que ce dernier n'a pas entendu les héberger aux mois de juillet et août car M. F était alors encore demandeur d'asile et que pour dormir et se nourrir ils font appel à " Utopia 56 " ou à Emmaüs et dorment régulièrement dans la rue, gare du Nord ou gare de l'Est à Paris.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. F et de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Aux termes de l'article L. 121-7 du code de l'action sociale et des familles : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : / () / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ". L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Ce dispositif de veille sociale est, en Ile-de-France, en vertu de l'article L. 345-2-1, mis en place à la demande et sous l'autorité du représentant de l'Etat dans la région sous la forme d'un dispositif unique. L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / L'hébergement d'urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie, () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées au point 2, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Il résulte de l'instruction, et en particulier des déclarations faites à l'audience, que M. F, né le 14 juin 1980 et entré en France au cours de 2020, et Mme B, née le 18 juin 1991 et entrée en France au cours de l'année 2021, tous deux ressortissants ivoiriens, vivent en France avec leur fils né le 17 septembre 2022 et âgé de moins de cinq mois à la date de la présente ordonnance. Il n'est pas contesté qu'à la suite du rejet de la demande d'asile de M. F au mois de septembre 2022, il a été mis fin au versement de l'allocation pour demandeur d'asile dont il bénéficiait, sans qu'il ait jamais obtenu par ailleurs le bénéfice d'un hébergement. Après avoir pu trouver abri ponctuellement chez des connaissances, ils se trouvent sans solution d'hébergement depuis le mois de mai 2022 avec leur fils mineur en dépit de multiples appels au " 115 " à compter de cette date, et ne trouvent à se loger et se nourrir ponctuellement que par l'intermédiaire d'une association caritative et de la communauté Emmaüs, dormant le reste du temps à la rue.
6. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 5, que la situation de M. F et de Mme B et de leur enfant, caractérise une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
7. D'autre part, compte tenu du très jeune âge de l'enfant, ce couple sans abri, doit être regardé comme se trouvant en situation de détresse sociale au sens des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Eu égard à la situation particulière de cette famille qui, compte tenu de l'âge de l'enfant et des conditions climatiques annoncées, la place sans doute possible parmi les familles les plus vulnérables, sans que le préfet n'apporte d'élément de nature à établir que cela ne serait pas le cas, l'absence d'hébergement d'urgence constitue une carence caractérisée dans l'accomplissement de la mission confiée à l'Etat qui peut entraîner, notamment en période hivernale, des conséquences graves pour l'enfant. Dans les circonstances de l'espèce, cette situation fait ainsi apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, et en particulier à l'intérêt supérieur de l'enfant.
8. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de prendre en charge M. F et Mme B, ainsi que leur enfant, dans le cadre de l'hébergement d'urgence dans un délai maximum de quarante-huit heures à compter de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. F et Mme B ont été provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sangue, leur avocat, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à celle-ci, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sangue d'une somme de 800 euros. Dans le cas où M. F et Mme B ne seraient pas admis définitivement à l'aide juridictionnelle, cette somme leur sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. F et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de proposer à M. F et Mme B et à leur enfant, un hébergement d'urgence pouvant les accueillir dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Sangue, une somme de 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, et sous réserve de l'admission définitive de M. F et Mme B à celle-ci. Dans le cas où ces derniers ne seraient pas admis définitivement à l'aide juridictionnelle, cette somme leur sera versée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :: La présente ordonnance sera notifiée à M. C F et à Mme D B, en leur nom propre et en leur qualité de représentants légaux de leur enfant mineur, M. A F, et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 6 février 2023.
Le juge des référés,
H. E
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026