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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302472

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302472

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2023, Mme C A, représentée par Me David, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, l'a placée en fuite et a prolongé son délai de transfert vers l'Italie ;

3°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 22 décembre 2022 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;

4°) d'enjoindre au préfet de la convoquer aux fins d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer un formulaire de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'OFII une somme de 3 000 euros à verser à Me David en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat ou, à défaut, à lui verser directement, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ; elle se trouve dans une situation de précarité administrative ; elle s'est vu retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; elle ne peut plus subvenir à ses besoins et à ceux de son fils âgé de vingt mois.

- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions dont la suspension est demandée ; la décision prise par le préfet de police méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, le préfet n'établissant pas avoir informé les autorités italiennes de la prolongation du délai de son transfert avant le 11 octobre 2022 ; en l'absence de situation de fuite, elle méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; la décision prise par le directeur général de l'OFII méconnaît les dispositions des articles L. 551-16 et L. 552-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait du défaut d'examen de sa situation personnelle et de ses besoins ainsi que de sa vulnérabilité, de l'absence de prise en compte de son fils et de l'absence d'entretien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 20 février 2023.

Vu :

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2302474 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement (CE) n°118/2014 du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 février 2023, tenue en présence de Mme Decock, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Aubert, juge des référés ;

- les observations de Me Fabre, substituant Me David, pour Mme A, qui ajoute que l'obligation de présenter une demande de préacheminent à l'aéroport ne lui est pas opposable, eu égard au motif de non présentation à l'embarquement, de même que le rejet de la requête de son conjoint et père de son enfant ;

- et les observations de Me Floret, substituant Me Tomasi, pour le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'il n'y a pas de décision du préfet de police, que les moyens invoqués ne sont pas fondés et que la suspension de la décision séparerait l'enfant de son père, la requête en référé de celui-ci ayant été rejetée.

La clôture de l'instance a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 19 octobre 1995, est entrée sur le territoire français afin de demander le bénéfice d'une protection internationale. Sa demande d'asile a été enregistrée le 1er mars 2022 dans le cadre de la procédure dite Dublin et, par un arrêté du 5 mai 2022, le préfet de police a ordonné son transfert aux autorités italiennes. Mme A et son fils ne se sont pas présentés à l'aéroport de Roissy, malgré la convocation qui leur avait été remise le 7 octobre 2022. Le préfet de police l'a donc placée en fuite et a prolongé le délai de transfert aux autorités italiennes de six à dix-huit mois. Le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a ensuite retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 22 décembre 2022. Mme A demande la suspension de ces deux décisions.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Il y a lieu, en application de cette disposition et eu égard à l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Du fait des décisions dont la suspension est demandée, Mme A est privée du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues pour les demandeurs d'asile et se trouve dans une situation de grande précarité. Dès lors, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le bien-fondé de la demande de suspension :

Sur les décisions par lesquelles le préfet de police a placé Mme A en fuite et a prolongé le délai de son transfert aux autorités italiennes de six à dix-huit mois :

7. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

8. II résulte des dispositions citées au point 1 du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

9. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'Etat membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Il en va de même s'agissant du placement en fuite. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à la suspension de la prolongation du délai de transfert et du placement en fuite, qui sont dépourvues d'objet, sont irrecevables et doivent être rejetés.

Sur la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'examiner sa demande d'asile en procédure normale :

10. Il résulte des dispositions citées au point 2 qu'un demandeur d'asile peut, lorsque son transfert n'a pas été exécuté dans le délai de six mois défini aux paragraphes 1 et 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, se présenter devant l'autorité administrative compétente, conformément à l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et se prévaloir de l'expiration du délai de six mois afin de demander l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et, en cas de refus, de saisir le tribunal administratif pour en demander l'annulation ou la suspension de son exécution.

11. En l'espèce, la requérante ne produit aucun élément permettant d'établir qu'elle s'est présentée au guichet de la préfecture après le 11 octobre 2022 pour demander l'enregistrement d'une demande d'asile et qu'un refus lui a alors été opposé. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la suspension d'une décision de refus d'enregistrement d'une telle demande sont dépourvues d'objet et irrecevables. Elles doivent, dès lors, être rejetées.

Sur la décision de l'OFII portant cessation des conditions matérielles d'accueil :

12. L'OFII a cessé, par une décision du 22 décembre 2022, le versement des conditions matérielles d'accueil à Mme A. Les moyens invoqués par Mme A, à l'appui de sa demande de suspension de cette décision tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle et de ses besoins, de l'absence de prise en compte de son fils, de l'absence d'entretien ainsi que de la méconnaissance des articles L. 551-16 et L. 552-3 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, ne paraissent pas, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de suspension de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et la demande tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, Me David, au préfet de police et à l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Fait à Paris, le 1er mars 2023.

Le juge des référés,

S. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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